Le Bonheur est en soi!
Voici un très très long texte (selon mon point de vue). Mais, je le trouve tellement enrichissant, que je vous l'offre tout de même.
Le bonheur est en Soi
(version 30/1/2005)
Préambule
Voici le récit de l'expérience non-duelle d'un contemporain. Comment, pour la première fois, il ne vit dans la réalité que " non-deux ", qu'un océan sans limite ni frontière, ni catégories, ni objet, ni sujet. Puis il décrit la nouvelle façon dont il perçoit la vie quotidienne, à la suite de ce bouleversement intérieur. Ce préambule indique comment il faut lire et recevoir ce qui est conté là. En particulier, avoir conscience que ces paroles s'adressent davantage à votre inconscient, à votre cœur, qu'à votre conscient ou votre tête… qu'est-ce à dire ? Qu'il faut laisser infuser dans votre cœur ces paroles qui alors peuvent planter des germes de non-dualité qui écloront plus tard… Si vous lisez intellectuellement, certes vous comprendrez un certains nombres de choses, mais l'essentiel va vous échapper. C'est ainsi. Si vous ouvrez votre cœur, laissez de côté l'esprit comparatif et critique, vous laisserez s'entrouvrir la porte de l'intériorité qui vibre à l'appel de l'autoperfection. Également quelques indications sur la façon dont l'esprit apparaît à l'auteur vous permettront de mieux saisir le texte. Ce que l'on nomme habituellement inconscient n'est aux yeux de l'auteur que l'aspect foncier, indifférencié ou peu différencié de l'esprit. Prenons l'image d'un arbre. Le tronc représente l'aspect foncier de l'esprit, tandis que les grosses branches, les branches puis les feuillages la façon dont l'esprit se scinde en profond et superficiel, les feuillages sont les pensées virevoltantes à la surface consciente de l'esprit. Ce qui est décrit dans les lignes qui suivent sont en fait la sève qui monte des racines et du tronc principal, avant même d'être différencié… si vous pouvez saisir les mots dans leur émergence naturelle, alors ces mêmes couches profondes vibreront en vous et vous comprendrez de l'intérieur ce dont il est question ici. Autant lire lentement, en laissant infuser les idées...
1. AU PRINTEMPS DE L'ÉTERNITÉ.
En Juillet 1976, je feuilletais le Tao-Te-King (traité sur le Principe et son action), ouvrage chinois de Lao-Tseu , écrit voici vingt-cinq siècles, dont le sujet évoque le Principe originel ou Tao et sa force productive, Teï, mère de l’univers. Cette approche du monde fut tellement inédite pour moi que je perdis tous mes repères intérieurs et fus jeté, vide, sur la rive de l’inconnaissable. Je posai le livre et, par la fenêtre, contemplais le crachin monotone bruinant sur l’église Saint-Mathieu à Quimper, quand soudain l’éveil me saisit. La pensée s’arrêta. Dans ce corps figé, une immobilité intérieure totale se fit. Un silence insondable m’engloutit. Un flot transparent de conscience et d’amour imprégnait tout dans le champ de vision. On ne sentait aucune mesure, aucune limite, aucune séparation. Instant absolu d’atemporalité. Plénitude, béatitude, liberté, plus rien ne manquait...
Et d'écrire : Je pleure d'une immense joie : le ROC est touché. Croyant nager à la recherche du rocher salvateur, voici que je SUIS ce rocher. Dans cette recherche, je courais à l'Etre. La paix est au Non-Être, pas théoriquement, mais vraiment : quand je ne suis plus rien, alors je peux être un avec tout ; immobile dans la course, immobile dans l'amour. Non-agir... pour mieux agir... Non-aimer pour mieux aimer ! Que de vérité!
Je me demandais pourquoi l'humilité? Et aujourd'hui c'est clair : n'être rien. Étant devenu rien, ayant constaté mon néant foncier, que peut-il m'arriver ? N'étant rien, tout s'accomplit à travers ce corps-ci, sans l'interférence de la personne peureuse et désireuse. La vie éclate alors de ses milles énergies !! Le cauchemar est fini. Le temps est arrêté. A présent, laid ou beau, riche ou pauvre, sain ou malade, qui reste-t-il pour souffrir encore ? Personne.
Tant et tant de préceptes, de commandements, de permissions et surtout d'interdits, de dualités pavaient mon chemin intérieur que le Tao-Te-King, dans sa limpidité naturelle est venu volatiliser tous ces conditionnements. Relier les paires de dualités, le chaud parce que le froid, le mal parce que le bien, le bien parce que le mal, le riche parce que le pauvre, le laid parce que le beau, le grand parce que le petit, le léger parce que le lourd, le plaisir parce que la souffrance, le désir parce que la peur, la peur parce que le désir... tout cela s'est articulé dans cette conscience brusquement infinie pour ne laisser qu'un champ vierge et transparent, une lumière intérieure doucement teintée d'amour, de compassion, d'une subtile radiance bienveillante, d'un sentiment de totale perfection.
Un rire joyeux se jouait de mes lourdes tentatives de comprendre Cela, l'Inaccessible, de mes méditations préhensives qui voulaient forcer la porte du Nirvana. Il n'y a que l'abandon, le si mal compris et surexprimé « lâcher-prise » qui ouvrent la porte du Nirvana, en effet. Mais je vous avoue que je n'étais pas vraiment dans une démarche de lâcher prise, mais juste concentré à comprendre cette dualité. Et c'est l'assemblage du puzzle duel qui me révéla (ce que je ne savais pas encore se nommer) la Non-Dualité. Le Tao m'était si nouveau à l'esprit que nul réseau ne venait enchaîner un envol vers l'inconditionné. Comment un tel esprit venait-il d'être touché par la Grâce ? Peut-on seulement parler de Grâce? N'est-ce pas simplement le Hasard ?...
Cet Éveil semble sans cause, tellement loin de notre volonté et de nos capacités individuelles. Oui, on ne peut que constater sa propre impuissance en face de Cela. Mon regard était neuf, tel le nouveau né. Une nouvelle naissance, oui ; on peut dire cela. Et ce poids du passé, tous ces conditionnements sont soufflés comme une simple bougie par l'Éveil Soudain. Mille ans d'erreur sont dissipés en une seconde... Quel jeu, cette vie... Comme dit le Shin Jin Mei, « une fleur de vacuité.... pourquoi souffrir pour saisir cette illusion ? »
La particularité de cette révolution intérieure est qu'elle est incompréhensible. Ce que l'on cherche est ce que l'on EST depuis l'origine, sans le savoir, mais plus bizarrement encore, elle se livre dans un non-savoir, dans un vécu qui déconnecte toute tentative d'analyse et de compréhension intellectuelle. « On » ne comprend rien, réellement. Cela se saisit Soi-même dans une Union parfaite et absolue. Aucune trace d'illusion. Aucune trace d'ignorance non plus. Plus aucune ombre en Cela. Les tribulations humaines semblent des rêves d'enfants dans une cour d'école. Si le temps arrêté nous délivre de l'âge, il nous livre l'alpha et l'omega de tout ce qui est et sera à jamais. Nous sommes enfin libre de ne rien faire. Il n'y a plus rien vers quoi tendre. Quelle paix ! Mais quelle peur pour les troublions de l'activisme impénitent !! Il faut souvent qu'ils tombent pour entrevoir cette voie du milieu, du non-savoir, du non-être, du non-devenir et du non-agir...
2. Existe-t-il une Voie pour "aller à Dieu"?
Vous commencez à l'entrevoir, mais il n'y a aucune voie pour aller à Dieu, parce qu'il n'y a pas de voie, mais ça tombe bien, vous êtes déjà "arrivé" , sauf qu'il n'y a pas réellement de "vous".... C'est indispensable de bien intégrer cela. C'est ici précisément que la Non-Dualité se distingue pratiquement de toutes les autres approches dites progressives. Dans les voies progressives, le "je" n'est pas nié d'emblée, et donc ce je peut cheminer, oui.... faire des techniques, des méditations, des rituels pourquoi pas, en vue d'un but : la libération, le Nirvana, Sat -Chit Anand et autres éveils ..... ou simplement une place au Paradis des justes. Quand on se déshabille le soir, il n'est pas question de "voie du déshabillage, n'est-ce pas? Eh bien se déshabiller du "moi" ne demande pas plus de voie ou de moyen de transport, mais juste quitter ces fausses identifications.
Comme Arnaud Desjardins disait "vous êtes déjà nus sous vos vêtements", signifiant que la nudité est déjà acquise, en quelque sorte, totalement, mais qu'elle n'est pas manifestée. Idem pour notre nature parfaite. Elle est déjà là, sous des voiles apparents auxquels nous nous identifions en général, et ne pourra pas être plus parfaite, que les voiles soient ou non par dessus. Il n'y a et ne pourrait pas y avoir de voie pour aller à ce que nous sommes déjà de toute éternité.
Et pourtant, n'est-il pas question de tout côté d'une voie, d'un moyen d'une technique pour sortir de notre modeste condition? En fait il est clair que les religions organisées ont perdu l’âme ; elles sont lettres mortes, cul de sac pour l’aspirant à l’Infini, quand elles ne nourrissent pas des nids de frelons intégristes. Les voies spirituelles foisonnantes des temps modernes s’alourdissent souvent de tradition, de techniques méditatives au lieu de promouvoir la «substantifique moelle», l’essence pure et simple ; certaines se révèlent être des sectes ; il est dur de trouver une Voie authentique dans ces spiritualités encombrées de savoir, où l’on peut se perdre avant de distinguer la moindre fronce de l’habit numineux du Créateur. Au milieu de cet écheveau, et en pleine époque de matérialisme commercial, une fleur endormie depuis des lustres a bourgeonné, toute nimbée de pureté: la non-dualité. C'est vraiment incroyable qu'aujourd'hui, cette voie, cette attitude intérieure pour mieux dire, trouve expression, alors qu'elle fut si longtemps gardée prudemment secrète. C'est donc une bénédiction sans égal d'en avoir connaissance aujourd'hui. Avouons quand même que la Non-Dualité est mise à toutes les sauces, surtout dans moultes voies new age. Et du coup cette perle incomparable, ce diamant nécessite souvent un petit nettoyage avant d'être apprécié dans sa pureté.
Pourtant la Non-Dualité constitue l’essence de toutes les religions vivantes, surtout en Asie, de l’Advaïta Vedanta, du Bouddhisme, du Chan, et enfin du Zen . Mais elle réside dans le temple sacré, au coeur de ses enseignements qui préfèrent la laisser goûter à quelques élus seulement. Ce n'est que tout récemment que le Dzogchen, joyau non-duel du Bouddhisme tibétain fut révélé entre autres par Sogyal Rinpoche. Il pense que les temps sont mûrs, pour semer les graines dans cette fange féconde que nous voyons quotidiennement. Si elle en constitue l'essence, la non-dualité , n'en garantit pas les doctrines qui peuvent très vite s'opposer en inconciliable, j'en veux pour preuve le Soi de l'Hindouisme, opposé à l'absence de Soi du Bouddhisme, alors qu'il est évident pour les praticiens de terrain que tous parlent de la même expérience de conscience fondamentale, qu'ils soient Bouddhistes, Taoïstes, Vedantistes, Yogis ou Soufis. C'est dire au passage combien les formes sont multiples dès que nous rentrons dans la manifestation, même pour évoquer notre Source à tous. Pour ce qui concerne cet exposé, nous éviterons de prêter le flanc à la faconde intellectuelle pour discerner l'indiscernable, et au contraire mettrons en avant l'unicité de toutes les voies.
Revenons sur ce qu'est la Non-Dualité : Ce n’est pas une Voie, car on ne chemine plus guère; plutôt une attitude, à la fois mentale, affective et physique devant la vie, fondée sur le constat de notre inexistence séparée. Et comment entrevoir cette inexistence? En observant la dualité justement. Cette position intérieure se conçoit comme le dépassement de toutes les paires de dualité, non par une volonté personnelle factice, mais par la compréhension. Cette soudaine relation entre toutes les paires de dualités nous happe en tant que personne. L'ego est fondé sur ces paires et leur mise en perspective réduit sa réalité "personnelle" à néant. Ce constat engendre un éveil abrupt, la découverte par l’individu de l'absence de "moi", de l'autre, et la fin de la souffrance morale d’être séparé du monde et des êtres vivants. Alors bien sûr, cela peut sembler bien incompréhensible. "J'existe bien, moi !!" "Comment pourrais-je bien découvrir que je n'existe pas??" Par l'observation régulière de notre conscience. Par la mise en évidence que souvent, nous n'avons aucun sentiment d'être "je". C'est dans l'après coup que nous nous réapproprions les actes et les pensées, les décisions pour les faire "nôtres". Je me mets en colère, je deviens tout rouge et je débite des injures par wagonnets... pour finir penauds et nous excuser en disant que "cela nous a dépassé"... En fait, la colère nous a balayé comme un fétu de paille, normal puisque nous n'existons tout simplement pas... Nous nous pensons de temps en temps, voilà tout. Et puis nous généralisons notre existence comme certaine et continue. Comme nous généralisons bien d'autres opinions qui ne s'adressent qu'à des situations ponctuelles. "La colère s'est emparée de ce corps-ci et des paroles injurieuses ont été proférées en réponse à une situation particulière". Voilà les faits au fond. Pas d'ego là dedans. D'ailleurs nous en avons presque l'intuition quand nous nous affirmons dépassés par les événements émotionnels. Mais il nous faut bien justifier la continuité du moi et endosser la responsabilité d'une colère qui nous est étrangère. Alors on entérine : je me suis mis en colère, je ne sais pas pourquoi et je te prie de m'excuser, je ne recommencerai plus !!".... enfin, chacun sourira à lisant ces lignes, n'est-ce pas... ;-)
C'est bien là, dans cette observation du quotidien que nous pouvons nous démontrer l'inexistence d'une personnalité continue et stable. Ce n'est pas devenir schizophrène de renoncer à être quelqu'un, c'est juste observer ce qui est.
La non-dualité n’est pas inconnue des mystiques occidentaux; certains, comme Jean de La Croix, en ont parlé à mots couverts, « certes il faut vider l’esprit des choses mondaines, mais aussi des choses spirituelles... ». D’autres saints, Maître Eckhart pour ne pas le nommer, l’ont évoquée en termes impersonnels, propres à ne pas égratigner le dogme: la « Déité ». Bref, toutes les religions et toutes les voies spirituelles tendent vers la non-dualité, laquelle se goûte l’esprit innocent et inculte, pourrait-on dire, dépoussiéré des couches mortes de manuscrits savants concrétées par l’intellect accapareur de l’homme.
Chercher Dieu hors de soi, en observant l’univers, la vie, évoque une main divine créatrice, au bout du compte insaisissable. En revanche, scruter l’intérieur offre un début de réponse: présence en Soi, évidence de l’être. Il faudra finalement abandonner à la fois la notion d'extériorité et d'intériorité, car nous n'avons absolument aucun effort à faire pour être totalement nous-même et finalement l'introspection comme la concentration sur un objet extérieur ne sont qu'exercices du mental..
Au départ, nous sommes rivés aux sens extérieurs, noyés dans les phénomènes, et oublieux de l’Essence. Une mutation totale de notre façon d’envisager le monde et nous-mêmes peut nous réintégrer à notre source. Voyons comment. L’être est à la source des phénomènes, le monde des formes le fuit dans son mouvement universel. Aussi, retourner à l’origine suppose que nous abandonnions la poursuite effreinée où la vie nous entraîne. Au lieu de considérer l’objet de la conscience, tournez-vous vers le sujet, l’observateur. Non pas qu’il ait plus de réalité que l’objet observé, mais il cache la réalité non dualiste, laquelle découle de la disparition de l’idée « il y a bien un observateur ». Plus précisément: cet observateur est-il personnel, coloré d’envies et de peurs ? Vous êtes encore un ego, simple objet de l’esprit ; se révèle-t-il impersonnel, c’est-à-dire délivré des opinions individuelles ? Il est le Soi, lequel se conçoit comme le principe universel fondateur de l’univers, être, conscience impersonnelle (sans observateur personnel), source de l’énergie universelle et aussi, pour chacun de nous, notre nature profonde. A nous le dépouillement progressif de la personne jusqu’à l’impersonnalité, et l’éveil abrupt au dernier sous-vêtement! Et au fond, il n'y a pas plus d'intérieur que l'extérieur, n'est-ce pas....Ces notions de personnel et d’impersonnel, de sujet et d’objet constituent le nœud majeur de la dualité.
Le Soi ne s’oppose pas au « non-Soi », comme on le définit en psychologie. Il ne se distingue pas davantage de l’univers qu’il transcenderait d’une altitude métaphysique, tel un sujet absolu. Incluant tout sans limitation, le principe résume le lieu (ou non-lieu?) où se développe l’espace-temps, la « non-texture » qui donne le champ à l’énergie et la conscience. Le Soi est Tout! Non-être sur lequel fleurit l’être, la conscience et l’univers, le Principe prête vie à l’expérience humaine. Lao-Tseu disait: Le principe que l’on peut nommer n’est pas le principe originel. Ne nous attachons donc pas au terme « Soi », indifféremment remplacé par les termes impersonnels « Principe, Dieu, Tao, Shunyata, Sat-Chit-Ananda, Bouddha, Être, Non-Etre, Ainsité, Absolu, Infini, Purusha/Prakriti, Shiva/shakti, Brahman... », bien que des puristes savent faire des distinctions dans cette unité-là! Mais notre expérience vécue de la déité est impersonnelle. Il n’est donc pas question de relation personnelle entre Dieu le Père et nous, pauvres pêcheurs! L’impersonnel donne sans doute le vertige ; en revanche, il nous garantit la liberté! Il n’attend pas d’obéissance. Ses lois sont universelles et personne ne les gouverne!
*
2 . Que signifie donc « Réaliser le Soi »?
C'est constater l'absence de "moi". Prendre conscience de notre réalité essentielle, de notre nature la plus immédiate, sans intermédiaire, ni transcendance. Il ne s’agit pas d’élargir notre perception à l’univers entier, d’être omniprésents et informés de tout événement à l’horizon de la galaxie, mais juste de voir les choses comme elles sont, depuis ce corps limité : les images de moi comme des compilations facultatives, les images des autres comme des souvenirs ou des projections incertaines. Finalement laisser toutes ces images, adhérer au monde dans une bienheureuse unité. Réaliser le Soi (ou l'absence absolue, ce qui revient au même) épanouit le coeur et le rend innocent, vulnérable, ouvert, spontané, aimant, intelligent, pur, transparent, lumineux, numineux, léger, large, généreux et enfin, compatissant. La réalisation de Soi est accessible à chacun, en dévoilant la simplicité foncière, l'éternelle Unité des choses et des êtres ; elle est non seulement accessible, mais déjà installée ici et maintenant.
Vous découvrirez comment on peut rêver ce monde de contraste et de multitude, rêver posséder un corps humain, une existence séparée, alors que l’on n’est jamais né, puisqu’infini à jamais. La négation du pseudo-sujet, le moi, donne lieu à cette unification. Être simplement soi, (constater l’inexistence du moi...) nous relie à notre source, et au-delà, à tout ce qui est ; installe l’être loin de toute idée de séparation, de limite, de naissance et de mort, d’univers; c’est en quelque sorte l’essence primordiale avant le jaillissement universel. Cette source est toujours là, intouchée, inconnaissable, inaccessible sauf à vous-mêmes. Vous êtes cela. (Ou « cela est », puisque « vous » n’êtes pas.) Aucune technique; aucun maître ne pourront vous installer dans votre propre nature.
(Vous) y êtes déjà! (VOUS) ÊTES CE RÉEL, (VOUS) ÊTES DÉJÂ CELA, mais inconsciemment! Pour vous intégrer dans le Soi, vous n’allez pas rendre conscient ce qui est au-delà de la conscience ou de l’inconscience ; vous ne pouvez que vous laisser fondre dans l’inconnu, l’indéfini, l’illimité, sans carte et sans guide ; vous ne pourrez que disparaître quand l’éveil frappera à votre porte! En un éclair d’abandon, vous comprenez être déjà cela depuis l’origine, embrassant le tout; le moi semblait exister, c’était un mirage! Vous êtes indissolublement cela quoi que vous fassiez, dormir, manger, faire la guerre ou bien l’amour... Vous êtes toujours cela. Vous ne pourrez jamais rien faire pour être davantage cela, ou pour l’être moins ; comment dire? C’est plus proche de votre coeur que votre péricarde ...
Rien ne vous sépare jamais de votre nature profonde, essentielle, rien, rien, rien. Ici le langage achoppe: rien ne vous sépare jamais de votre nature essentielle, oui, cependant seule la disparition du « vous » offrira le trône à la Présence, la (votre) nature essentielle n’est pas «ce vous» auquel vous êtes identifiés, ce vous que le cerveau interprète comme « existant »... Serions-nous plus clair d’évoquer « cela » sans rien ajouter d’autre? Ne soyez pas déstabilisés, nous ne nions aucunement la réalité du corps physique individuel, mais la notion du « je ». C’est ce que l’on appelle identification à ce corps, la croyance au « moi ». En dehors de cette référence au corps physique, existe-t-il un donjon apte à protéger le « je »? Pourquoi dit-on encore que les choses et les êtres n’existent pas « en eux-mêmes »? Ils existent seulement dans la conscience de l’observateur. Sans cette conscience distinguant des différences, on ne voit qu’être , être et toujours être, illimité. Cette prise de conscience nécessite un renoncement à nos chaînes adorées. Nous voulons bien attraper la lune, mais tout en gardant les pieds dans les pantoufles! Il faudra laisser nos habitudes conventionnelles de pensées, d'actions, de sentiments, bref; de vie, car elles structurent la conception que nous avons de nous-mêmes et du monde, laquelle finit par nous éloigner de la rive de l'Unité, de la Réalisation du Soi et de l'illumination, hors d'atteinte de notre pensée, de notre intellect, de notre savoir, de notre conscience relative. Le Soi éclôt loin des idées étriquées.
*
La Voie est simple, très simple puisqu'elle nous parle de l'INDIFFÉRENCIÉ. Qu’y a-t-il de plus simple que l'Indifférencié? Nous ne comprenons pas ce qu'est l'Indifférencié: c'est normal, il n'y a rien à comprendre! Nous pouvons comprendre seulement les choses différenciées, et les rapports entre les choses, les êtres et les rapports entre les êtres. L'INDIFFÉRENCIÉ EST INCONNAISSABLE. Mais si nous ne pouvons pas le connaître, nous pouvons l'être. (NOUS) SOMMES CET INCONNAISSABLE, CE NON-DIFFÉRENCIÉ, CETTE UNITÉ. (Tout en rappelant qu’il n’y a jamais eu de « nous »...) L’indifférencié gisant dans notre inconscient, ne cherchons donc pas une manifestation consciente pour constater que le Soi est là; il est bien là, mais en-deçà de notre conscient. La distinction conscient/ inconscient n’a plus cours ici. L’indifférencié semble inconscient, alors qu’en fait, il est conscience de l’indifférencié... Il est conscience sans objet. Autant dire non-conscience... Êtes-vous encore là? Si vraiment vibre en nous la flamme transparente, l'ardeur de la découverte fondamentale, si cette recherche est vitale pour nous, bénis sommes-nous! Il ne faut rien d'autre pour « ne plus jamais partir hors de Soi... » *
3. LA CONNAISSANCE DE L'ABSOLU.
La réalisation de l'Absolu ne passe pas par le langage et la pensée. Il les précède, les transcende, les englobe. Sa nature est insaisissable. Au lieu de saisir, nous devons nous ouvrir, comprendre et lâcher prise. Rien ne peut être séparé de l'Absolu, aussi n’avons-nous rien à faire pour le saisir mais juste à comprendre que (nous) sommes déjà totalement absolus, inconsciemment.
Réfléchissez sur cette présence dans votre inconscience... ou sur votre absence dans votre conscience... Cette recherche est donc doublement inédite: elle n'est pas du domaine de la pensée et du langage; elle est insaisissable, mais heureusement elle est déjà dans le creux de notre main ! Pas la peine de faire le tour de la planète pour découvrir la vérité. Comme dit Papaji, un disciple de Ramana Maharshi, "just be quiet". Restez tranquille, là où vous êtes. Tout est là, déjà, parfaitement accompli.
Si ce n’est pas une question de langage et de pensée, qu’est-ce donc? Une question d’observation, de vigilance, d’état de conscience, d’état d’inconscience, d’intelligence du coeur: L’écoute, l’ouverture inconditionnelle, libre et bienveillante, le « oui à ce qui est », le centrage intérieur, la fluidité émotionnelle, affective, basée sur l’acceptation, tout cela tisse la toile de notre Présence. Une écoute neuve, innocente, ne fait pas référence au passé et à la connaissance acquise pour établir des comparaisons, et ne se projette pas non plus dans le futur par des projets, intentions, anticipations.
Au total, la disparition pure et simple de toute référence à "moi-je". Alors seulement, nous pourrons surprendre les vieux mécanismes du mental prompts à nous ramener dans le connu et la sécurité, les ailes coupées. Quand nous serons « comme l’être infini », sans motivation, sans désir et sans peur, comme inconscient, alors, il effleurera notre tête de ses élytres aux couleurs d’absence.
4. LE GRAND DOUTE.
Notre nature foncière est déjà complètement présente ici et maintenant, puisque c'est grâce à elle que vous lisez ces lignes !! Comprenez -vous? Nous la croyions gisant au fond de notre inconscience, recouverte par l’activité de notre conscience relative, fonctionnelle, c’est-à-dire de nos conceptions du monde extérieur et intérieur, orientées plutôt vers les oppositions, les choix et les refus, les désirs et les peurs, et elle était en fait totalement exposée, évidente dès lors que notre regard se tournait vers "ce qui voit". Mais nous sommes si noyés bien souvent dans des opinions non vérifiées par nous-mêmes, l'expérience des autres, le vécu culturel de la société que nous vivons sur un ramassis d'idées, d'opinions de seconde main.
Découvrir cette réalité de nous-mêmes inchangeante, libre, insaisissable, impose de questionner tout ce que nous avons tenu pour réel jusqu'à maintenant. Il ne faudra pas ménager notre effort pour nous dégager des on-dit, des lieux communs, du consensus tacite qui pave notre chemin. Rien ne devra être accepté par nous sans vérification par expérience directe, en particulier l’existence de l’ego, consensus chimérique...
Même l'essentiel est encombré d'opinions personnelles surimposées à la tradition déjà lourde. Là encore, mettre en doute absolument nous ouvrira la porte du Réel. C’est à ce prix que nous nous libérerons, car se libérer est avant tout se débarrasser des acquits du passé culturel, philosophique, spirituel que nos sociétés maintiennent, assez mal d'ailleurs, faute de nous donner à découvrir la Réalité directement. Au fond, sur quoi repose cette main mise de la dualité? Posez-vous la question et marquez un temps d’arrêt. Ne vous jetez pas sur la réponse qui suit... Elle n’éclora dans votre coeur que si vous vous interrogez réellement, profondément.
Le nom et la forme, la limitation des choses et des êtres résulte d’un seul acte de l’esprit: celui de projeter sa propre subjectivité sur l’environnement, donnant de la sorte à ces soi-disant objets et êtres une densité qu’ils n’ont aucunement. La présence des êtres individuels existe uniquement dans le cerveau des témoins, au point que chacun, devant la glace, finit par se prendre pour un être séparé, doué d’existence, par interprétation du regard des autres... Un jeu de miroir. Observez cela. N’est-ce pas vrai?
Chacun n’aspire-t-il pas à exister dans le regard d’autrui? Comme s’il savait déjà sa nature de néant. Je vous en prie, ceci est de la plus extrême importance. Voyez cela. A l’instant, les choses et les êtres retrouvent leur nature foncière: L’être sans trait. Aucune chose n’est, en elle-même, séparée. La séparation naît dans l’esprit qui contemple. Si ce dernier découvre la fausseté de cette projection universelle, alors... Envisagez cela! profondément, totalement, et le monde se vide de la dualité...
Douter, ce sera observer le monde et distinguer ce voile subtil dont nous l'enveloppons. Voile du sens de l'univers, du sens des événements (« il n’y a pas de hasard! »); interprétation des choses du vécu, projection dans ce paysage pour séparer, puis accaparer ou repousser, qualifier ou nier. Percevoir notre monde et pas le monde. Voir nos contemporains à travers le prisme des préjugés, et non pas les considérer comme ils sont réellement, sans mes concepts personnels, ma vision des choses. Ce sera découvrir une montagne presque gigantesque de préjugés hâtivement enregistrés, prompts à nous induire sur la pente glissante de la bêtise. Notre conception du monde conditionne notre perception, à concepts dualistes, vision dualiste. Toute cette activité de la conscience dualiste ensemence l’inconscient et maintient le trésor caché...
Douter, en accordant plus de valeur au soi-disant inconscient plutôt qu’à la conscience de veille, tant cette dernière est souillée de la dualité. Notre inconscient est également sali de dualité, mais par sa nature peu différenciée, il rapproche davantage du Soi. Le jeu se gagne dans l’inconscient, si l’on se rend compte alors du vide réel des choses et des êtres, puisque sans l’inconscient des spectateurs et sa capacité à discriminer, point d’existence séparée. Rien que l’être sans limite.
Douter, même d'exister, nous ouvrira à cette profondeur insondable dont on ne sait si c'est l'Etre ou le Néant... Si nous sommes convaincus que le monde est, alors nous nous privons de l'accès au Néant. Poser l’être du monde comme objet nous pose en tant que sujet. En revanche, ni être ni néant, ni objet ni sujet, et voici ouverte la bulle universelle, fleur de vacuité... Qualifier emprisonne l'objet. Si en revanche nous évitons la qualification, le monde prend un caractère de livre ouvert sans rien écrit dessus, d'une ouverture inconditionnelle à ce-qui-est, à « je ne sais pas... ». Cette ouverture est amour.
5. A-T-ON BESOIN D'UN MAITRE POUR DÉCOUVRIR L'ABSOLU ?
Donner le pouvoir à autrui de nous révéler l'Absolu est comme chercher dans la rue celui qui a les clefs de chez nous... Toutes les voies spirituelles efficaces aboutissent à un point singulier. Seul on rentre dans le coeur du temple. Au seuil de l'Absolu, plus de Dieu, plus de guru, plus de disciple. Un seul rond ondoie sur le lac immobile, et s’efface pour que Cela soit. Le rôle du guide se résume ainsi à nous dire : « Tu n'existes pas... comment veux-tu arriver à te libérer de toi-même? Non seulement il n'y a pas de chemin, mais il n'y a pas non plus de voyageur!!» Alors le chercheur rentre dans une grande perplexité, passage incontournable de notre quête. Il doit rester serein dans cette perplexité. Certains maîtres Soufis intensifient encore cette perplexité chez le disciple, dans le dessein de lui enlever toute référence à quoi que ce soit.
La souffrance survient pour nous réveiller, faisant germer la volonté de se libérer. Elle pousse à l'éveil. Alors on fait des efforts, avec ou sans techniques, avec des résultats encourageants. Cependant tôt ou tard on tourne en rond. Il n'y a pas de changement radical. La quête d’un résultat, fût-ce l’illumination, nous prive de l’éveil. Quand nous aurons intégré la vanité de toute recherche personnelle, un pas décisif sera franchi. Et toujours cette soif inextinguible d'absolu... Attendez, cher disciple, je vais vous initier à une nouvelle technique de méditation, pour franchir le Nirvikalpa Samadhi ... Moyennant 10000 dollars!..
Comment gérer cette soif avec l’absence de but? Petit à petit, notre passion centrifuge se transforme en vigilance, observation pure, compréhension et enfin, dépassement de ce paradoxe apparent. Comprenez bien. Vous n’êtes jamais nés, vous n’avez pas de corps , ni de mental, ni de coeur. Vous avez simplement accepté le consensus ignorant... Le regard des autres vous a fourvoyé, vous a fait croire à une existence individuelle. Tout effort vers l’avoir, mais aussi vers l’être , éloigne le pèlerin. Quand on se conforme à l’être, d’où viendrait l’impulsion d’agir, de vouloir, d’obtenir, de convoiter? D’où viendraient la comparaison, l’opposition, la lutte? Comprenez et ne luttez plus, mieux, lâchez prise! Quant à rester là, éveillé, et sans intention? Si nous n’étions pas totalement enracinés dans l’Absence, cela ne se pourrait pas... Ne vous perdez plus. Vous êtes déjà libres. Cessez de croire qu'il y a un sauveur ...
6. LIBRE DU GOUROU.
Elle s'approcha et dit: « Le petit groupe spirituel que je fréquente depuis des années vient d'éclater. » Elle en ressentait comme une libération. Le gourou s'était montré sous un jour inattendu pour un être dit équilibré. Les rancoeurs accumulées avaient fini par briser "l'oeuvre de lumière" que ce gourou prétendait instaurer. Suivre quelqu'un pour se trouver soi-même est comme descendre dans un gouffre pour trouver le soleil. Si le maître est un tant soit peu honnête, il vous renvoie à vous-mêmes. Rares sont les gens qui ont cette flamme discrète de l'humilité. Au contraire, la soif de pouvoir des uns conjuguée au besoin d'obéir des autres amène souvent des groupes spirituels à voir le jour - la nuit devrait-on dire- Cette association est funeste pour la découverte du Réel. Celui-ci n'est la propriété de personne, aussi quiconque prétend le détenir ne le détient pas, par définition .
Le Réel nous saisit parfois, jamais il n'est saisi ! Soyons clairs avec nous-mêmes. Que cherchons-nous au fond ? Est-ce la reconnaissance de notre personne par autrui ? La relation dominant-dominé donne de la sécurité, mais pas la liberté. Il ne faut craindre ni la solitude, ni l'adversité pour voir la vérité de ce-qui-est.
7. L'ESSENCE "EST DEJÂ LA" !
Seulement, je masque dans mon esprit cette réalité impersonnelle, par des pensées et des vagues diverses, centrées autour du moi, lequel, fuyant son néant, nourrit l’intention, la recherche éternelle qui signe notre fuite du Paradis. Que de clarté ! Que de bonheur dans la compréhension de cette affirmation ! Il n'y a aucun effort à faire. Mon but est déjà totalement là ! Je ne pourrai jamais ressentir davantage cette Source Originelle. ELLE EST LÂ COMPLETEMENT ! Plus proche de moi-même que mon propre souffle. Plus proche que mes yeux. Plus proche que mes pensées. ELLE EST ..
Mais précisons : De l'Essence Absolue, on ne peut dire qu'elle "est", puisque incomparable, "déjà", rapport au temps, impossible aussi, et "là", rapport à l'espace : néant. C'est pourquoi souvent on l'a évoquée en disant "non-être"... et comme on constate qu'il y a bien quelque chose sous nos yeux, on énonce "à la fois être et non-être".... autant n'en rien dire, non?...
L’essence est immobile, étrangère à toute intention. Notre moi est une mosaïque de souvenirs, un réservoir des refus et des désirs accumulés par l’histoire personnelle. Il vit du temps, du devenir, de la projection vers la victoire, dans la crainte de la défaite... Il se nourrit de la distinction, s’appuie sur le mythe d’exister en soi. Lorsque le moi s’empare de la spiritualité, il pense pouvoir l’atteindre comme un but temporel. Mais tous ses efforts ne feront même pas de ride sur le lac essentiel. L’ego, ce puzzle morcelé, n’est pas une personne, mais la sédimentation des images du corps à travers le temps. Mettez-vous en quête de lui, d’une entité fixe; vous ne la trouverez pas. L’ego n’a jamais été présent...
8. De l'esprit indifférencié.
Quand l'esprit n'est pas soumis aux différenciations, il s'éveille naturellement à l'unité des choses. Shin-jin-mei. Pour être non-deux, il faut comprendre que la moindre distinction nous fait perdre l'Eden. Nous croquons le fruit de la connaissance discriminante, laquelle amène avec elle, infailliblement, la conscience " du Bien et du Mal", d'un choix possible et donc d'une erreur possible; de l'angoisse de se tromper... Ainsi naît la souffrance de la dualité. Retournons donc à la Conscience Indifférenciée qui s'offre à nous. La dualité requiert un effort ; se tenir dans le berceau originel de l'indifférencié est beaucoup plus facile, ergonomique . La détente complète de l'esprit et du corps nous fait sentir spontanément cet état. Mais sans comparaison à établir, nous avons l'impression d'être inconscient. Nous estimons que pour exister il faut penser. Cogito ergo sum. En fait c'est « cogito ego sum » c'est-à-dire « je pense, je suis "moi"! », ce moi qui nous éloigne par ses choix continuels de l'état-sans-choix puisque sans différences . Nous sommes inconsciemment "un". Comment l’Un pourrait-il être conscient? La conscience suppose une dualité... Regardez bien, ne cherchez-vous pas un absolu de conscience? Voyant cela constatez avec moi que nous sommes effectivement uni dans l’inconscience. Mais au contraire, nous donnons prééminence à la conscience, laquelle, structurée par la dualité matérielle de l’ombre et la lumière, nous chasse hors de notre bienheureuse nature essentielle, indifférenciée et inconsciente...
9. UNE VISION CHAMPETRE.
Je travaillais, par une belle journée de plein air, à construire des cabanes, et la vision indifférenciée pointa. j'avais profité d'une activité mécanique, laissant libre l'esprit, pour glisser vers la conscience de l'Un. Si l'on regarde un château de sable, en conscience relative, on voit une bastille avec des tours, des fossés et un pont-levis, là où l’oeil nirvanique ne voit que du sable. Une vision chasse l'autre. Nirvana et Samsara sont deux façons de percevoir l'univers. Nirvana est la vision de l'Indifférencié, du foncier. Pas de spectateur différent du spectacle. Juste: CELA. VISION. La distinction existe à titre d’orientation temporospatiale, mais les objets ne sont pas distincts aux yeux d’un sujet particulier. Pas de sujet, pas d’objet. Au sens strict, Nirvana désigne l'extinction de toute séparation. Samsara est la vision des choses comme étant objectives , différentes, avec des aspects agréables ou abjects, attirants ou repoussants, ou bien au-delà de la sphère émotionnelle, des choses simplement différenciées, distinctes les unes des autres ; maniables comme concepts, ces objets de l’esprit.
La pensée naît de la conscience discriminante, dont le rôle dans la vie courante est utile; en revanche, elle ne doit en aucun cas répondre à la question: « Qui suis-je? » N’avons-nous pas tendance à espérer une réponse pensable, discible? Notre nature est impensable, au-delà de toute détermination. Quittons sans crainte la rive du limité. A regarder un paysage, nous pouvons parcourir les différentes étapes de la conscience vers le dénuement, vers son immolation sur l’autel du sans borne. Une première étape: renoncer à cette image chérie de nous-mêmes, elle nous sépare de notre visage originel. Le moi doit mourir pour que le sans limite soit. Derrière le masque, le vide! En général, si la perception est orientée, l'ego est en activité. "En vérité, parce que nous voulons saisir et rejeter, nous ne sommes pas libres" (SHIN-JIN-MEI).
Regardez les problèmes que vous avez: Où y a-t-il saisie et rejet ? Tous les problèmes naissent avec notre infatigable volonté personnelle de désirer les choses autrement qu'elles sont. Ceci ne signifie pas stagnation et abandon du progrès, contrairement à l'exemple que nous donne l'Orient qui a négligé longtemps le progrès matériel, illusoire à ses yeux. Au contraire, voir les choses comme elles sont permet de bâtir plus sûrement des ponts et des routes, des maisons solides, bref, des projets qui aboutissent. On cerne mieux les difficultés à venir et par là leur solution. Tout peut être changé, mais pas après pas. Vouloir les choses différemment, provoque trop souvent une vision voilée de leur véritable nature, des conclusions hâtives, des actions qui échouent.
La vision non-dualiste, au delà de l'unité, est comme un champ ouvert. Cristallin. Vierge. L'homme ne peut y entrer. Tel un pantin de sel qui se baigne dans l'océan, il fond . Nous n'avons à comprendre qu'une seule chose: jamais le SOI ne sera pris dans les rets de l'intellect. Nous sommes Cela qui est l'insaisissable, sans limites. Où diantre accrocher les mains pour le saisir? Qui suis-je? Cette question n'aura pas de réponse. Le questionneur disparaîtra au seuil de la réponse. La réponse, c'est la disparition du questionneur; la dualité se résout. La liberté est de se situer au-delà du sujet, de la conscience fonctionnelle ; il faut transcender le sujet et l'objet à la fois. L'Absolu n'est pas seulement sujet universel mais à la fois sujet et univers. Dépasser le sujet implique aussi d’abandonner l’objet. Les deux sont corrélatifs. Garder le sujet sans objet maintient un vide devant le sujet : Rejetons les deux. Nous comprendrons l'Etre et le Néant, en les transcendant tous les deux, sans avoir pour cela à nous replier à l'intérieur de l'esprit. Il ne sera pas nécessaire de méditer assis, les jambes croisées, pour découvrir le Néant, l'Absence Absolue. Cela se réalise les yeux grands ouverts sur le monde des contrastes et l’esprit unifié.
10. DU PARTICULIER Â L'INFINI.
Tant que la conscience s'occupe des choses différenciées, les réactions naissent d'après les schémas du passé. En effet, la différenciation se base sur la mémoire. On insistera donc sur l'extinction du passé pour que puisse survenir la vision globale et innocente du premier jour. Le passé est un fardeau pour l'esprit qui entend s'affranchir de la dualité. Ce passé, fondement de l'expérience, se concrétise dans notre conception des choses, laquelle conditionne notre comportement, nos pensées, nos sentiments. Le passé gît dans l’inconscient, aussi croyons-nous que l’inconscient est uniquement le réservoir du passé. Nous ne pensons pas utile de nous ouvrir à sa dimension profonde pour découvrir ce qui est libre du temps... Pourtant, c’est ainsi. L’atemporel dort dans notre inconscience.
Donc se libérer du passé n’implique aucunement de se libérer de l’inconscient, puisque ce dernier est la porte de l’indifférencié, de l’illimité. Les souvenirs personnels se rapportent en fait au corps, impersonnellement. L’histoire d’un corps individuel vidé de son locataire fantôme. La mémoire n’est pas effacée, au contraire, puisque le refoulement protecteur de la personne n’a plus lieu d’être. Cette perception dégagée du passé, neuve et innocente est amour. Une telle ouverture inconditionnelle du coeur permet seule une réelle communion entre les êtres.
11 EXPÉRIENCE de la REALITE.
Je voudrais revenir à un niveau de perception plus brut: la réalité cristalline absolue en-deçà ou au-delà des mots, de la pensée; cet amour condensé et sans frontière, sans personne qui aime et personne à aimer. Cette expérience est très fragile, fugace et dès que l'on en parle trop, elle s'éclipse discrètement. Aussi belle que diaphane. Ténue comme l'espace lui-même. Elle emplit le coeur, le corps et la conscience. Mais elle s'y fait toute petite, bien qu'on la sente partout, elle reste là, ne dit rien; on est fondu d'amour; on reste coi, lourd à côté de cet éther vibrant. Puis on ne pense plus; on préfère boire à plein' esprit cette béatitude. On est statue. On est Bouddha. La quiétude est matérialisée, si dense qu'on la touche. L’extase mystique est une fleur sur le chemin. Si elle nous donne son parfum, sachons ne pas la cueillir, pour qu’elle vive encore...
12 LES CAUSES DE NOTRE SOUFFRANCE.
La souffrance? Mais de qui? Effectivement la souffrance est toujours la souffrance de quelqu’un. Si ce quelqu’un pouvait disparaître, resterait-il une souffrance? Je ne veux pas dire que la mort du corps soit le traitement de la souffrance, mais plutôt la mort de l’ego individuel, ce principe qui nous fait dire « c’est mon malheur à moi!! » Que voyons-nous? Les causes de souffrance et de plaisir sont relatives à chacun, et à l’instant. Ce que nous croyons un malheur se révèle un grand bonheur quelques temps plus tard... Rien n’est jamais heureux ou dramatique absolument. Alors? La souffrance est donc relative. Relative à chacun, relative au temps et aux circonstances. Nous souffrons aussi parce que nous attendons un résultat qui ne vient jamais... Personne ne nous oblige à attendre un résultat ; alors, si nous prenions conscience que cette attente engendre la souffrance, nous arrêterions, non? Et bien non, souvent nous renforçons notre attente en lui trouvant des circonstances nouvelles.
La leçon n’est pas facile. Ainsi notre souffrance ne vient jamais du monde, mais de nous-mêmes. Nous souffrons de ce que nous croyons indispensable de surajouter et non pas de ce qui est. C'est une découverte immense et prometteuse de libération. Parce qu’alors, la façon dont nous envisageons la vie peut être changer, alors que les événements présents, non. (Les événements futurs, oui) Habituellement petits bonheurs et broutilles bornent notre vie; et c'est là, dans ces faits quotidiens, que nous devons dépasser la condition humaine. Voir la réalité nue. Détecter notre réaction à cette réalité, notre acquiescement ou notre refus. Alors, petit à petit, d'observation en observation, une façon nouvelle d'envisager le réel s'offre à nous.
Et cette nouvelle manière de vivre est béatitude. Un champ sans limite s'ouvre devant nos yeux. Tout y est fluide, sans heurt, harmonieux quel que soit le vécu. Nous laissons loin derrière le conditionnement personnel et socioculturel. Les refus et les désirs sont vus dans leurs impersonnalités, c’est-à-dire morcelés, et non pas cristallisés dans une pseudo-entité égotique. L'édifice social reflète à merveille la complexité humaine et l’art déployé par l'homme pour s'emprisonner. Aussi, la seule action intelligente pour chacun est de prendre conscience personnellement de notre condition afin de la comprendre. Si une révolution est possible, durable, elle ne peut être qu'individuelle. Et c'est la somme de tous les individus éveillés à leur profondeur qui amènera l'émergence tant et tant attendue et tant de fois déçue d'un âge d’or de notre civilisation.
A présent, nous avons plutôt l'impression désagréable de nous enfoncer dans un supermarché cosmique et creux, où les rayons ne sont pas à l'abri de l'effondrement, et où le tintamarre ambiant mixe notre intelligence pour la transformer en boîte-à-pub. Devant ce spectacle le sage est rempli de patience. Il sait qu'au bout du compte, la pellicule de ce film n’est là que pour révéler la lumière du projecteur. Pour lui, la pellicule est déjà décollée du projecteur, et dans le présent, il reste serein. Nous nous mortifions tous les jours d'être incapables de mourir au relatif car nous ne buvons plus à la source inconditionnée de notre être. Nous sommes répandus, morcelés par des choses triviales; et pour vraiment penser au paradis perdu, il faut que nous soyons terrassés moralement. Ce serait d'ailleurs l'opportunité de réaliser l'unité foncière, si nous étions prêts à regarder la vérité en face.
13 CHEMINER SUR LA VOIE. LE LANGAGE DU CORPS.
Notre corps est le miroir de notre état. Est-il détendu et léger? Nous sommes près de notre source. Epaules contractées, respiration superficielle et irrégulière, notre posture fausse indique que nous sommes dans les méandres de la peur, du désir, de l’ego isolé et quémandeur. Sachons observer et prendre mieux conscience de nos tensions, de nos peurs, de nos désirs, afin de les neutraliser, les comprendre, les dépasser si nécessaire, ou les réaliser au besoin. Nous voici donc spectateurs.
Quelle doit être notre position? Devons-nous choisir, repousser ce qui nous déplaît, et garder ce qui nous plaît? Non point. Si nous voulons voir sans aucune distorsion le champ de conscience, nous devons le regarder impersonnellement, sans refus ni justification. Alors la causalité apparaîtra plus facilement que si nous intervenons. Et voir, c'est comprendre, comprendre c'est se libérer de ce qui est observé. Tous ces désirs et toutes ces peurs sédimentent dans l’esprit impersonnellement. Le prisme de la conscience égotique leur redonne une couleur personnelle. Voilà le fard. Nous n'insisterons jamais assez sur ce point crucial. Il représente la clé de voûte de l'édifice de la non-dualité. Observation neutre. Tant que nous sommes identifiés à une couche polarisée de notre esprit, à notre moi, notre vision sera tronquée. En revanche, se situer au-delà des préférences et des refus, est tout simple: il suffit d'accepter de les voir! Et de ne pas interférer.
Le « moi » est une interprétation du passé comme appartenant à une personne, avec toutes ses expériences sympathiques ou désagréables propres à conditionner le présent, en imposant un choix en fonction des résultats antérieurs. Laissons cette interprétation fausse pour rendre au passé son impersonnalité. L'esprit innocent et neuf. Dans cette nouveauté le temps a disparu, les limites s'évaporent, tout est fondu dans le cristal absolu. La réalisation doit se poursuivre chaque jour de la vie courante, sur un fond de détente intérieure. Tous les événements seront vus dans leur nudité et leurs nuances colorées sans l'intervention d'une censure. Ils prennent alors la juste place dans le puzzle et ne peuvent plus nous obliger à réagir. L’expérience de ce corps (le nôtre) ne peut plus nous aveugler. La moindre distorsion apparaît sur le miroir de la conscience non-impliquée. Nous voici enfin adultes, enfin libres. La quête est terminée. Il apparaît que nous n'avons jamais quitté le giron absolu. Et d'ailleurs, comment cela serait-il possible ? Non pas que notre ronde au sein de la dualité ne soit qu'un rêve; elle a lieu réellement. Mais ce ne sont que des vagues à la surface d'un océan infini. *
14. FAUT-IL PERDRE DE VUE LE MONDE POUR SE FONDRE DANS L'ABSOLU?
L'idée qu'il faut un repli des sens vers l’intérieur pour percevoir l'absolu est couramment répandue dans les voies spirituelles. Ce repli vise à se couper du monde extérieur, source de la dualité. On imagine l'absolu transcendant le monde des formes. Méditons alors profondément pour retourner à la source de la psyché par un retournement des sens. A cet instant, les techniques yoguiques entrent en jeu. Car il faut effectuer un mouvement artificiel dans le système neuro-sensoriel pour l'amener à un tarissement de l'activité perceptive tout en restant éveillé. Sinon ce serait facile puisque le sommeil est un excellent moyen d'arrêter toute activité des sens. La perception n'est pas dualiste comme on pourrait le penser au premier abord. Même si ses diverses modalités, l'ouïe, la vue, le toucher sont autant de canaux différents; en pratique la perception est globalisée par le sujet. Et une observation aigüe amène à prendre conscience de l'unicité de la perception; le percipient, l'action de voir et l'objet perçu constituent en fait un seul et unique acte impersonnel : vision. Le sujet n’est pas absolu, ni l'objet, mais les deux ensemble le sont.
Autrement dit, le sujet et l’objet n’existent tout simplement pas. Ils dérivent d’une mauvaise interprétation de la réalité. Cet aspect est primor

Commentaires