Les NANOTECHNOLOGIES, ou le mouchardage éléctronique
Les nanos, ça sert aussi au mouchardage électronique
Histoire vraie.
Au pré avec sa mère, le poulain de trois jours tangue sur ses pattes. La seringue pénètre sous la peau du cou.
Injection rapide et indolore. Le vétérinaire vérifie son lecteur portable : le numéro d'identification X0723A s'inscrit à l'écran, la puce est opérationnelle. Grâce à l'interface sans fil Bluetooth, le lecteur transmet directement à l'ordinateur les données concernant X0723A : date de naissance, sexe, numéro des géniteurs, vaccinations, allaitement, etc. Il sera désormais simple, en consultant les bases de données, d'assurer un suivi sanitaire rigoureux, de vérifier qui est le propriétaire, et, en le scannant avec un lecteur portable, d'identifier à tout moment X0723A. L'animal est entré dans le système, il a le droit d'exister. Ceci n'est pas du roman, mais une compilation de plaquettes publicitaires comme celle de la société française IER, fournisseur de
"solutions complètes pour l'identification électronique des animaux". Amis citadins, vous ignorez sans doute ce que les agriculteurs, éleveurs et ruraux savent déjà : les RFID envahissent nos vies pour les contrôler. Non seulement en transformant les animaux en machines communicantes, mais en implantant dans chaque chose, chaque être, un mini-mouchard électronique. Mais pas de panique : vous n'avez rien à vous reprocher."Sans contact" mais avec mouchard
Qu'est-ce que c'est que ces RFID - Radio-Frequency Identification en anglais ? La traduction sur quelques millimètres carrés d'un désir totalitaire de tout suivre, pister, détecter, contrôler, surveiller électroniquement. Même des arbres, oui. La chose ressemble à une mini-étiquette (d'où son nom d'étiquette "intelligente", ou "smart tag") et se compose d'une puce et d'une antenne. Chaque étiquette est unique, donc distingue l'objet ou la personne qui la porte parmi tous les autres, et est lisible à distance, à travers l'épaisseur de la peau, d'un emballage, de l'écorce, d'une couche de neige épaisse, etc. Ça vous rappelle quelque chose ? Oui, Navigo, votre passe de métro parisien, ou Avan'Tag, pour le tram grenoblois, que vous ne sortez plus de votre sac pour valider. Ou le passe sans contact des autoroutes qui débite votre compte. Ou encore le forfait de ski de Chamrousse, validé lui aussi à distance dans la queue du télésiège. Trop pratique. À condition d'admettre que chacun de vos déplacements soit enregistré – date, heure, trajet, temps de parcours, etc.Pucer un objet, un animal, une personne, les transforme en machines, faciles à relier entre elles pour créer un réseau total, un filet ("net") transmetteur d'informations en continu. Il ne suffisait pas que nous fussions connectés et joignables en permanence par téléphone portable, mails, SMS ou Wifi ; avec les RFID nous devenons nous-mêmes des objets communicants. Des objets. Que nos maîtres suivent à la trace, dont ils analysent les comportements, contrôlent les mouvements pour mieux les "gérer". Comme les ordinateurs, nous aurons bientôt chacun une adresse électronique permettant notre localisation permanente. Le projet est à l'étude, breveté sous l'appellation UIAD9 (Identification Unique des Adresses).
"Le monde est entré depuis quelques années dans la frénésie de donner une adresse, de préférence permanente, non seulement aux objets physiques, aux individus, aux véhicules sur la route, aux animaux, sous prétexte de traçabilité, mais aussi à tous les objets virtuels, que ce soit les messages de type courriel ou SMS, les documents administratifs, les morceaux de musique numérisés ou les micro-esclaves logiciels (…) qui parcourent inlassablement les réseaux en y troquant des micro-informations pour mieux nous servir, voire souvent pour mieux nous espionner."10
Puce policière
Nous pister à travers nos objets est instructif mais incertain. Pour s'assurer que vous êtes passés à Grand-Place hier soir, il faut pucer vos papiers d'identité. Les Etats-Unis exigent des étrangers le passeport biométrique et électronique. La France prépare sa carte d'identité électronique (INES) avec des données biométriques dans une puce RFID. Finis les contrôles d'identité humiliants, voici les contrôles d'identité sournois, à distance."Grenoble place de la gare le 12/03/08 à 14h11.Manifestation des étudiants. Présence des individus X
(carte d'identité n°98729872), Z (carte d'identité n°62902U74), Y (carte de séjour n°87AHE87982) détectée en tête de cortège. Attention, détection de l'individu G (carte d'identité n°816539837) fiché pour
participation au fauchage d'un champs d'OGM dans la Drôme le 27/07/07."
Les nostalgiques de Vichy peuvent regretter la lenteur du
progrès technologique : avec le mouchard électronique, les rafles auraient affiché de meilleurs rendements. Aux opposants des nanotechnologies, ils lanceraient, si la loi actuelle le leur permettait : "Vous êtes des passéistes, vous voulez retourner à l'étoile Jaune".Vous prendrez bien un peu de pâtée industrielle traçabilisée ?
Supposée empêcher les attaques terroristes, la traçabilité doit aussi nous protéger des risques sanitaires. La vache folle a servi d'alibi au puçage des animaux. Etiquettées, codebarisées, fichées, les bêtes sont désormais implantées au nom de la "sécurité alimentaire".
L'implant électronique est le corollaire de la fabrication industrielle de steacks. Viande sur pattes élevée en usine, alimentée par rations synthétiques, maintenue en survie par antibiotiques,
gérée par monitoring zootechnique, transportée sur des milliers de kilomètres, débitée en morceaux calibrés, fourguée en hypermarchés. J'ai quand même le droit de savoir ce que je consomme, réclame le pousseur de caddie, rassuré par la puce qui trace ses hamburgers de leur naissance au micro-ondes. Bien entendu la traçabilité ne signale rien d'autre que le progrès fulgurant de l'insécurité alimentaire créée par l'industrialisation de l'agriculture. Car des animaux élevés en batterie sont des animaux malades, et des végétaux sous perfusion d'engrais, d'hormones, d'insecticides, etc, sont des végétaux malades. Comment éviter les épidémies chez les porcs, malades de l'élevage industriel ? En les puçant, répond le ministère espagnol de l'Agriculture.11Vous ne voulez pas d'OGM dans vos assiettes ? Vous mangerez des OGM traçabilisés. Nous voilà rassurés.
Dans le monde de la techno-agriculture, la traçabilité remplace les prés pour les troupeaux, les sols vivants pour les plantes, la maîtrise de leur travail pour les paysans, la relation consommateur-producteur.
Si nos légumes du marché sont abîmés, nous en discutons avec le producteur. Si vous achetez à Carrefour un chili con carne en boîte, dont la viande est née en Allemagne, a grandi en Hollande nourrie par des rations importées d'Amérique Latine, et dont les haricots ont poussé en Italie pour être préparés en Espagne, le tout assaisonné de conservateurs en Belgique, comment retrouver l'origine du germe infectieux ? Grâce à la puce. Ainsi mangeons-nous de la daube authentifiée, ce qui suffit semble-t-il au cochon de consommateur.
Refuser les RFID, c'est refuser la traçabilité et la manipulation du
sentiment d'insécurité. Nous voulons bien manger ? Boycottons les supermarchés. Nous voulons épargner aux éleveurs l'humiliation du puçage ?Associons-nous pour acheter leurs bêtes directement.
De l'animal à l'homme domestique En 2006 en France, on peut lire à la page"Pratique" de son quotidien ce genre de conseil : "Mieux que le tatouage.La puce est très pratique par rapport au tatouage, car : la pose ne nécessite pas d'anesthésie ; la lecture peut se faire à distance, ce qui est avantageux à l'égard des animaux apeurés ou nerveux ; elle est invisible, infalsifiable et permanente, elle ne risque pas comme le tatouage de s'effacer au fur et à mesure des années.
Un outil international. Le fichier sera mondial, l'animal pourra être facilement identifié aux frontières et à l'étranger. Rappelez-vous qu'il est obligatoire que tous les chiens et chats de plus de 4 mois soient identifiés. N'hésitez donc pas à le faire, c'est rapide et sans douleur."12Carte d'identité, carte Vitale, fichier automatisé des empreintes digitales, fichier national des empreintes génétiques nous ont accoutumés au fichage systématique de la population et à l'électronisation du contrôle. Comme des grenouilles dans l'eau froide nous supportons la hausse progressive de température, sans réaliser qu'elle nous ébouillante aussi sûrement qu'un plongeon dans un bain brûlant. Avec le puçage électronique, voici bientôt les 100°C. On puce d'abord les animaux d'élevage (sécurité alimentaire) les animaux sauvages (lutte contre les trafics), les animaux domestiques ("très pratique"). Ainsi le territoire est-il peu à peu maillé, les lecteurs de RFID implantés partout. Toutes les institutions susceptibles d'avoir à identifier un animal perdu s'équipent : pompiers, gendarmes, douaniers, directions des services vétérinaires, refuges, fourrières, ainsi que les 5500 cabinets et cliniques vétérinaires français. Comme le note un ami des bêtes :
"puisque mon chien est toujours avec moi, détecter sa présence, c'est détecter la mienne". Surtout, pucer nos animaux nous familiarise avec la traçabilité électronique. Vous ne feriez pas à votre chien ce que vous refuseriez qu'on vous fasse, n'est-ce pas ? Comment les enfants dont l'animal est scanné par le véto s'étonneraient-ils de subir le même sort ? Dans vingt ans, l'article du Daubé sera republié, "individu" remplaçant "animal", sans plus émouvoir quiconque que ce "conseil pratique" de 2006.Refusons de transformer nos animaux en gadgets électroniques, ou nous subirons le même sort.
10
cf "Les technologies de radio-identification (RFID) : enjeuxindustriels et questions sociétales",
rapport du Conseil généraldes technologies de l'information, janvier 2005
11
www.agrisalon.com, 7/11/01http://sciencescitoyennes.org/IMG/pdf/RFID-la_police_totale.pdf

Commentaires