Problème d'identité sexuelle?
Cette différence qui dérange
Amour libre, pilule, Gay Pride : notre époque croit avoir accompli sa révolution sexuelle. Elle admet qu'à côté du modèle hétérosexuel dominant existe son contraire, l'homosexualité. Mais elle bute encore sur une troisième voie, celle ouverte par les bisexuels qui revendiquent le droit de ne pas choisir, le droit d'aimer indifféremment hommes et femmes, successivement ou simultanément. « Notre société n'arrive pas à se départir d'une logique binaire qui voudrait qu'il n'existe rien entre l'homosexualité et l'hétérosexualité. Les choses ne sont pas aussi simples que ça », constate la socio-anthropologue Catherine Deschamps.
Dans les années 40, Alfred Kinsey, auteur de deux grandes enquêtes sur les comportements sexuels, affirmait déjà que toutes les pratiques existaient et s'organisaient en un continuum, depuis l'hétérosexualité jusqu'à l'homosexualité en passant par la bisexualité. Soixante ans plus tard, affirmer sa bisexualité reste pourtant malaisé. « Pour les hétérosexuels, je suis un homosexuel qui ne s'assume pas. Pour les homos, je suis un traître à la cause. L'entre-deux, la différence, provoque toujours un malaise », déplore Antoine, 31 ans.
Sommes-nous tous bisexuels ?
Hétéro ou homo, aujourd'hui, on affiche son identité sexuelle. Et on la revendique. Il existe pourtant une troisième voie, encore taboue, qui consiste justement à ne pas choisir. Une ambivalence que nous aurions tous en nous ?
Actuellement, elle vit avec un homme. Il y a deux ans, Florence vivait avec une femme. D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, elle a toujours été attirée par les deux sexes. A 17 ans, parce que c'est avec une femme qu'elle fait l'amour pour la première fois, elle se croit homosexuelle. « Les garçons continuaient de m'attirer physiquement mais je les trouvais idiots. Je me disais lesbienne parce qu'on me collait cette étiquette. Mais je n'ai jamais choisi un camp. »
Aujourd'hui, à 37 ans, Florence a aimé autant d'hommes que de femmes. Si elle assume aussi bien ce parcours hors du commun, c'est parce qu'elle a toujours pu parler simplement de sexualité avec ses parents. « A leurs yeux, rien n'était malsain ni pathologique, explique-t-elle. Je me suis sentie libre d'aimer selon ma nature. »
L'insaisissable entre-deux
« Enquêter sur la bisexualité n'est pas un exercice facile, assure Catherine Deschamps. Non seulement parce que c'est une notion qui dérange, mais en plus parce qu'elle recouvre des réalités variées et difficilement superposables. » Autrement dit, tous les bis ne se ressemblent pas. Ni dans leurs pratiques, ni dans l'identité qu'ils revendiquent.
« La plupart de ceux qui ont une pratique bisexuelle se disent homos ou hétéros, poursuit Catherine Deschamps. En partie parce que ce sont des catégories socialement mieux acceptées, et aussi car leur attirance envers les hommes et envers les femmes ne s'exprime pas dans les mêmes proportions. On voit bien qu'avoir des relations sexuelles avec des hommes et des femmes ne suffit pas à fonder une identité bisexuelle. »
A l'inverse, nombreux sont ceux qui se sentent bisexuels tout en ayant des relations exclusivement hétérosexuelles ou homosexuelles. Ceux-là reconnaissent leur double attirance sans pour autant passer à l'acte. « Notre éducation ne nous permet pas toujours d'exprimer nos préférences sexuelles, explique l'analyste et sexologue Claude Esturgie. Pour certains, la bisexualité peut être une phase transitoire entre une hétérosexualité insatisfaisante et une homosexualité qu'ils ne sont pas encore prêts à admettre. Pour d'autres, elle est un mode de vie qui correspond à une réelle inclination envers les deux sexes. »
Antoine a longtemps été persuadé d'être purement homosexuel, avant de rencontrer Sonia, à l'âge de 25 ans. « Jusque-là, mes rêveries érotiques ne mettaient en scène que des hommes, confie-t-il. Ce que cette femme a éveillé en moi, c'est d'abord un profond sentiment amoureux. J'ai été surpris par le désir sexuel qui s'est ensuivi, et par le naturel de mes gestes quand nous avons fait l'amour pour la première fois. Sonia a été un déclic, mais je crois qu'elle n'a fait que révéler une dualité enfouie. »
C'est à 42 ans qu'Emmanuelle, mariée et mère de trois enfants, passe sa première nuit avec une femme. A ce moment de sa vie, son couple bat de l'aile. Elle trouve du réconfort auprès d'Anne, qui est homosexuelle. « J'avais été amoureuse d'une femme à l'adolescence, raconte-t-elle, mais ça ne s'était jamais reproduit. Quand j'ai rencontré Anne, je me suis beaucoup questionnée sur l'ambiguïté de mon prénom et sur les fantasmes androgynes que mes parents y avaient déposés. » Depuis, Emmanuelle a connu d'autres hommes. Et d'autres femmes.
Aimer les hommes, aimer les femmes
« Indéniablement, la rencontre sexuelle n'est pas la même selon que l'on touche un corps semblable au sien ou un corps fondamentalement autre, explique Florence. Avec les femmes, l'échange est plus sensuel et les possibilités de jouissance infinies parce que nous connaissons notre corps comme aucun homme ne le pourra jamais, faute de l'habiter. Avec les hommes, j'ai du désir pour ce qui justement m'échappe. L'échange doit composer avec l'impatience de la jouissance masculine. Il est aussi souvent plus acrobatique parce que les hommes sont traditionnellement plus portés vers la performance. »
Florence, Antoine et Emmanuelle ont-ils une préférence entre ces deux types de relations ? « Non, assure cette dernière. Ce qui s'y joue est différent mais complémentaire. » « Mes parts masculine et féminine ne s'expriment pas de la même manière avec un homme ou avec une femme, sans que je puisse dire pour autant qu'un homme me rend plus viril ou une femme plus féminin, poursuit Antoine. C'est parfois le cas et parfois l'inverse. Je sais simplement que je me sens plus complet d'avoir aimé des hommes et des femmes. »
Serions-nous tous bisexuels si, à l'instar de Florence, nous nous autorisions à laisser s'exprimer notre « désir pour le même » comme « pour le différent », ou, à l'image d'Antoine, notre « part féminine et notre part masculine » ? « Non, tranche le psychiatre Philippe Brenot, directeur d'enseignement en sexologie à l'université de Bordeaux-II. Il ne suffit pas de s'affranchir du jugement social pour devenir bisexuel. Notre sexualité résulte d'une construction psychique qui n'est pas la même pour tout le monde. »
L'identification aux parents
De fait, une certaine bisexualité existe à l'état latent chez tout individu. « Elle résulte de nos identifications précoces à nos deux parents », explique Claude Esturgie. Au début du xxe siècle, Freud échafaudait le concept de « bisexualité psychique », entendu comme « l'idée que chaque sexe manifeste certains traits caractéristiques de l'autre ». Il estimait qu'il y a en chacun de nous « du masculin et du féminin, ces notions faisant partie des notions les plus confuses du domaine scientifique ». « Qu'un hétérosexuel ait des fantasmes homosexuels (ou l'inverse) ne signifie pas pour autant qu'il les réalisera, précise Philippe Brenot. L'équilibre d'une personnalité résulte de l'expression de certains fantasmes et du refoulement de certains autres. »
Dans son cabinet, Claude Esturgie reçoit des patients en mal d'identité sexuelle. Ils souffrent du fait que leurs pratiques ne sont pas en adéquation avec leurs désirs. Un travail sur les fantasmes, tels qu'ils s'expriment à travers les rêves par exemple, leur permet de mieux se connaître et de s'autoriser une sexualité plus conforme à leur identité. « On ne s'essaie pas à la bisexualité pour être dans l'air du temps, affirme Antoine. Le seul moyen d'avoir une sexualité épanouissante, c'est d'écouter son cœur. Peu importe que mes amants soient des hommes ou des femmes. Ce dont il s'agit avant tout, c'est d'amour. »
L'avis du spécialiste
"La bisexualité n'est pas une mode"
Jules Chauvet est cofondateur de Bi'cause, une association parisienne à l'écoute des bisexuels.
Quelle est la vocation de votre association ?
Jules Chauvet est cofondateur de Bi'cause, une association parisienne à l'écoute des bisexuels.
Quelle est la vocation de votre association ?
Beaucoup d'individus ne se reconnaissent pas sous la dénomination "hétérosexuel" ou "homosexuel". A l'origine, nous nous sommes regroupés pour lutter contre un sentiment d'isolement, parce qu'il est important pour tout le monde de pouvoir parler de soi et d'être accepté tel qu'il est.
Comment la bisexualité est-elle perçue aujourd'hui ?
La biphobie est moins virulente qu'au début de l'épidémie de sida où l'on a accusé les bi de transmettre le virus entre homos et hétéros. Cela dit, on tente de nier leur existence en réduisant la bisexualité à une simple mode ou à une transition vers l'homosexualité. Le but de l'association est de lutter contre ces idées reçues et de favoriser l'émergence d'une identité bisexuelle.
La bisexualité féminine mieux acceptée
« La bisexualité féminine serait socialement mieux acceptée aujourd'hui que la bisexualité masculine, constate Catherine Deschamps, socio-anthropologue. D'abord, parce que les femmes revendiquent plus volontiers leur bisexualité que les hommes, davantage portés à la clandestinité. Ensuite, parce que les amours saphiques correspondent aux fantasmes des hommes hétérosexuels. »
A LIRE :
"Bisexualité, le dernier tabou" de Rommel Mendès- Leité, collaboration de Catherine Deschamps et de Bruno-Marcel Proth.
Une grande enquête sur un groupe accusé à tort de propager le virus du sida chez les hétérosexuels (Calmann-Lévy, 1996).
Une grande enquête sur un groupe accusé à tort de propager le virus du sida chez les hétérosexuels (Calmann-Lévy, 1996).
"Le Miroir bisexuel" de Catherine Deschamps.
L'auteur prolonge l'exploration de l'ouvrage précédent en fondant ses observations sur l'association Bi'cause, la seule à représenter les bisexuels en France (Balland, 2002).
L'auteur prolonge l'exploration de l'ouvrage précédent en fondant ses observations sur l'association Bi'cause, la seule à représenter les bisexuels en France (Balland, 2002).
On croyait cette pratique réservée aux libertins, aux libertaires et aux réfractaires à la fidélité conjugale. "La Planète échangiste", première...
On croyait cette pratique réservée aux libertins, aux libertaires et aux réfractaires à la fidélité conjugale. "La Planète échangiste", première enquête sur les sexualités collectives en France, montre le contraire. Pour son auteur, les amateurs d'échangisme forment
des couples (presque) comme les autres.
des couples (presque) comme les autres.
Sociologue, professeur à l'université de Toulouse-Le Mirail, mais aussi militant du collectif toulousain Motivé-e-s, Daniel Welzer-Lang est spécialiste du genre et de la question masculine. Il a notamment publié "Les Hommes violents" (Petite bibliothèque Payot, 2005) et "Les hommes aussi changent" (Payot, 2004).
Ses travaux ont souvent été suivis d'actions concrètes. Il a ainsi cofondé le premier centre pour hommes violents en France, et ses études sur la prostitution ont débouché sur la création du bus de santé communautaire Cabiria à Lyon. C'est aussi son engagement dans la prévention du sida – il préside l'association toulousaine Couples contre le sida 31, et collabore au site multisexualites-et-sida.org – qui lui a permis d'arpenter le monde de l'échangisme. Extrêmement documentée, La Planète échangiste (Payot, 2005) est le fruit de quatre ans d'enquête sur le terrain. Il s'agit du premier ouvrage sociologique sur la question.
PSYCHOLOGIES : Pour beaucoup, l'échangisme sent encore le soufre. Or, on assiste à une prolifération de clubs en France. Est-il en voie de banalisation ?
DANIEL WELZER-LANG : En 1998, on comptait trois à quatre cent mille amateurs en France qui pratiquaient dans le secret. Aujourd'hui, on peut dire qu'il n'existe pas un département français sans boîte échangiste ; les villes moyennes en comptent deux ou trois. Depuis quelques années, l'échangisme a bénéficié d'une forte médiatisation et de la multiplication des clubs gays. Les boîtes hétéros ont suivi.
La population échangiste a donc aussi changé...
La population, mais aussi les pratiques. Aux échangistes « traditionnels » de plus de 40 ans sont venus s'ajouter beaucoup de jeunes couples. Eux viennent s'amuser, regarder et pratiquer une sexualité plus ludique, qui passe davantage par la séduction que par la consommation. Ils cherchent encore une place que ne leur laissent pas toujours les plus vieux. Ce qui explique aussi la prolifération des clubs : l'offre doit s'adapter aux nouvelles demandes et va donc se segmenter. Je pense que dans un avenir proche, on trouvera un peu partout des espaces « hard » et des espaces plus mondains, des clubs pour les hommes bisexuels, pour les gangs bangs (Gang bang : pratique qui consiste, pour une femme, à se livrer sexuellement à un groupe d'hommes), et même pour les femmes qui portent des jeans ! [Aujourd'hui, seules les femmes en robe ou en jupe sont admises, ndlr]
Vous avez observé que c'est très souvent l'homme qui prend l'initiative de l'échangisme. Qu'est-ce qui le pousse à vouloir ainsi « troquer » sa femme contre celle d'un autre ?
L'homme échangiste est en général un bon vivant qui aime le sexe. Pour lui, la possibilité d'avoir de multiples partenaires est réconfortante pour l'ego et la virilité. Mais il faut distinguer l'homme en couple de l'homme seul qui peut se faire accompagner le temps d'une soirée. L'homme en couple est en général très amoureux de sa compagne, très attentif à elle, et se sent valorisé par sa beauté. Et s'il vient troquer sa femme contre son plaisir à lui, il la laisse aussi négocier son plaisir à elle. A partir de là, il y a deux types de discours : soit on fait tout à deux, soit on part chacun de son côté. J'observe aussi que, pour beaucoup d'hommes, l'échangisme est un moyen de s'essayer à la bisexualité, même si, au sein des clubs, celle-ci reste encore assez cachée. J'estime qu'en club échangiste, un homme sur trois est bi.
L'homme échangiste est en général un bon vivant qui aime le sexe. Pour lui, la possibilité d'avoir de multiples partenaires est réconfortante pour l'ego et la virilité. Mais il faut distinguer l'homme en couple de l'homme seul qui peut se faire accompagner le temps d'une soirée. L'homme en couple est en général très amoureux de sa compagne, très attentif à elle, et se sent valorisé par sa beauté. Et s'il vient troquer sa femme contre son plaisir à lui, il la laisse aussi négocier son plaisir à elle. A partir de là, il y a deux types de discours : soit on fait tout à deux, soit on part chacun de son côté. J'observe aussi que, pour beaucoup d'hommes, l'échangisme est un moyen de s'essayer à la bisexualité, même si, au sein des clubs, celle-ci reste encore assez cachée. J'estime qu'en club échangiste, un homme sur trois est bi.
Et les femmes, que viennent-elles y chercher ?
Les femmes suivent leur conjoint parce qu'elles veulent leur faire plaisir, et aussi parce que, à partir d'un certain âge, elles veulent se rassurer sur leur potentiel de séduction. Il y a également une curiosité de leur part. C'est un milieu où l'on ne juge pas abruptement la beauté des corps, où elles peuvent entendre qu'elles sont encore belles. Elles trouvent aussi ouvertement du plaisir à la bisexualité féminine. Beaucoup d'entre elles disent même se sentir mieux traitées dans les boîtes échangistes, où elles peuvent dire non aux sollicitations sans créer de conflits. De manière générale, les femmes qui se plaisent dans les clubs échangistes ne se vivent pas comme une monnaie d'échange pour leur mari. En province, elles appartiennent à une moyenne bourgeoisie, constituée de commerçants, d'informaticiens ou de personnes issues des professions médicales, qui n'a pas intégré le discours féministe critique. Il y a peu d'« intellectuels » dans ces établissements. Seules quelques femmes – et ce sont souvent des cadres supérieures – admettent « ne venir chercher qu'une queue », en revendiquant de façon masculine leur sexualité. Le système des clubs est pour elles rapide, efficace et sans suite.
On ne vient donc jamais en club pour y chercher des sentiments ?
De plus en plus de couples disent qu'ils viennent pour s'y faire des amis, et il est vrai que les échangistes – parce qu'ils ne peuvent partager leurs expériences qu'avec d'autres échangistes – ont le sentiment valorisant d'appartenir à une élite anticonformiste. Quelques hommes seuls, qui étaient des clients traditionnels de la prostitution, disent aussi chercher l'âme soeur dans ces boîtes. Swing, le magazine de l'échangisme, a même un temps publié une page d'annonces pour mariages. Mais, hormis ces cas, beaucoup d'échangistes cherchent encore à préserver leur anonymat. J'en connais qui ne viennent en club qu'à Paris, où ils seront sûrs de ne pas être reconnus. Beaucoup baisent sans se donner leur vrai prénom ! Cet anonymat est bien sûr lié au tabou social, mais c'est aussi un moteur érotique et une garantie pour la solidité du couple. Les maris pensent souvent que leur épouse ne saurait pas gérer un acte sexuel accompagné d'une prise de connaissance avec leur partenaire d'un soir. Ils craignent que cette simple relation physique ne se transforme en attachement.
De plus en plus de couples disent qu'ils viennent pour s'y faire des amis, et il est vrai que les échangistes – parce qu'ils ne peuvent partager leurs expériences qu'avec d'autres échangistes – ont le sentiment valorisant d'appartenir à une élite anticonformiste. Quelques hommes seuls, qui étaient des clients traditionnels de la prostitution, disent aussi chercher l'âme soeur dans ces boîtes. Swing, le magazine de l'échangisme, a même un temps publié une page d'annonces pour mariages. Mais, hormis ces cas, beaucoup d'échangistes cherchent encore à préserver leur anonymat. J'en connais qui ne viennent en club qu'à Paris, où ils seront sûrs de ne pas être reconnus. Beaucoup baisent sans se donner leur vrai prénom ! Cet anonymat est bien sûr lié au tabou social, mais c'est aussi un moteur érotique et une garantie pour la solidité du couple. Les maris pensent souvent que leur épouse ne saurait pas gérer un acte sexuel accompagné d'une prise de connaissance avec leur partenaire d'un soir. Ils craignent que cette simple relation physique ne se transforme en attachement.
La jalousie reste donc présente, en dépit du nombre de partenaires...
Souvent, les hommes qui commencent à venir en club sont contents que leur compagne accepte de les suivre. Au début, ils n'ont aucun problème à la voir avec une autre femme, mais ça se complique quand elles sont enlacées par d'autres hommes. Beaucoup d'hommes racontent qu'ils débandent quand ils entrent dans l'échangisme. Il leur faut du temps pour dépasser le schéma patriarcal de possession des femmes. Quant aux femmes, elles peuvent aimer se faire traiter de salope une fois, mais pas plus. Elles se plaignent ensuite de la pauvreté érotique ambiante pour éviter de revenir en club.
Souvent, les hommes qui commencent à venir en club sont contents que leur compagne accepte de les suivre. Au début, ils n'ont aucun problème à la voir avec une autre femme, mais ça se complique quand elles sont enlacées par d'autres hommes. Beaucoup d'hommes racontent qu'ils débandent quand ils entrent dans l'échangisme. Il leur faut du temps pour dépasser le schéma patriarcal de possession des femmes. Quant aux femmes, elles peuvent aimer se faire traiter de salope une fois, mais pas plus. Elles se plaignent ensuite de la pauvreté érotique ambiante pour éviter de revenir en club.
De nombreux couples disent pourtant que l'échangisme a renforcé une relation affaiblie par la routine...
Effectivement, beaucoup de pratiquants m'ont dit avoir ravivé leurs émotions érotiques et sexuelles dans l'échangisme. Pour eux, c'est un moyen de cimenter leur couple. Ils se ressoudent aussi autour de l'idée d'une transgression. Ils se disent : « Ah, si grand-mère savait ! » Mais quand un couple traverse une crise profonde, c'est un leurre de croire que l'échangisme va pouvoir le recoller comme par magie. Ça ne marche pas, et ça fonctionne d'autant moins que les clubs restent des endroits relativement choquants pour les femmes. L'échangisme n'est pas une solution pour un couple en crise, sauf, peut-être, si la crise est d'ordre uniquement sexuel.
A contrario, l'échangisme peut-il faire éclater les couples ?
Je connais très peu de ruptures imputables à cette seule pratique. Il reste vrai qu'avec l'échangisme, des femmes peuvent découvrir un autre monde, acquérir une plus grande assurance. En gagnant une autonomie par la sexualité, elles peuvent alors prendre du recul par rapport au modèle conjugal. Le couple peut aussi éclater parce que la femme ne supporte pas que son mari veuille l'entraîner dans des pratiques dont elle n'a pas envie. C'est la goutte d'eau qui fera déborder le vase. Mais, de manière générale, les couples échangistes sont très « familialistes ». Ils ont souvent des enfants qu'ils tiennent à l'écart et pratiquent l'échangisme comme un rituel. Certains ne vont en club qu'à l'occasion d'un anniversaire, ou une fois par an, lors d'une semaine de vacances sans enfants au Cap-d'Agde par exemple. Les échangistes d'aujourd'hui sont plutôt conservateurs et n'ont rien à voir avec les libertaires qui pratiquaient la sexualité collective après 1968. Au fond, ils ont une sexualité assez normative.
Je connais très peu de ruptures imputables à cette seule pratique. Il reste vrai qu'avec l'échangisme, des femmes peuvent découvrir un autre monde, acquérir une plus grande assurance. En gagnant une autonomie par la sexualité, elles peuvent alors prendre du recul par rapport au modèle conjugal. Le couple peut aussi éclater parce que la femme ne supporte pas que son mari veuille l'entraîner dans des pratiques dont elle n'a pas envie. C'est la goutte d'eau qui fera déborder le vase. Mais, de manière générale, les couples échangistes sont très « familialistes ». Ils ont souvent des enfants qu'ils tiennent à l'écart et pratiquent l'échangisme comme un rituel. Certains ne vont en club qu'à l'occasion d'un anniversaire, ou une fois par an, lors d'une semaine de vacances sans enfants au Cap-d'Agde par exemple. Les échangistes d'aujourd'hui sont plutôt conservateurs et n'ont rien à voir avec les libertaires qui pratiquaient la sexualité collective après 1968. Au fond, ils ont une sexualité assez normative.
Les libertins d'aujourd'hui n'auraient donc pas bousculé les rapports hommes-femmes ?
Ce n'est pas si simple. Si l'échangisme est une forme de recomposition de la domination masculine, cette pratique rend aussi compte d'une évolution des rapports entre les sexes. Les femmes affirment leur propre désir et leur autonomie, exactement comme elles s'affirment dans d'autres activités sociales. Et les hommes abandonnent certaines prérogatives considérées comme des socles de la virilité : ils acceptent que leurs femmes aient d'autres partenaires, ils peuvent demander à être caressés sur l'anus et, parfois, se laissent même toucher par des mains d'hommes. D'une certaine façon, on peut donc dire que leur domination s'effrite.
Ce n'est pas si simple. Si l'échangisme est une forme de recomposition de la domination masculine, cette pratique rend aussi compte d'une évolution des rapports entre les sexes. Les femmes affirment leur propre désir et leur autonomie, exactement comme elles s'affirment dans d'autres activités sociales. Et les hommes abandonnent certaines prérogatives considérées comme des socles de la virilité : ils acceptent que leurs femmes aient d'autres partenaires, ils peuvent demander à être caressés sur l'anus et, parfois, se laissent même toucher par des mains d'hommes. D'une certaine façon, on peut donc dire que leur domination s'effrite.
A LIRE :
"Bienvenue sous la couette ! Comment le libertinage a réveillé notre couple" par Marie et Stanislas.
Un témoignage anonyme écrit à deux sur les désirs et la recherche du plaisir d'un jeune couple (Payot, 2005).
Un témoignage anonyme écrit à deux sur les désirs et la recherche du plaisir d'un jeune couple (Payot, 2005).
J'ai un fantasme qui me poursuit depuis très longtemps : voir mon épouse avoir des relations sexuelles tendres ou torrides avec d'autres hommes que moi. Depuis le temps que je la pousse à devenir l'amante d'autres hommes, elle vient enfin d'accepter. Je suis sûr de sa fidélité et je sais qu'elle aime beaucoup le sexe et qu'elle pourra aller très loin dans la réalisation de mes fantasmes. (…) J'espère que mes propos ne vous choquent pas mais ce fantasme me hante maintenant tous les jours. (…) J'adore ma femme et je ne la tromperai pour rien au monde. Je ne désire nullement faire de l'échangisme, je veux tout simplement la voir soumise à des jeux coquins avec des hommes. Suis-je normal ? Pourquoi ce fantasme s'est subitement déclenché, il y a 7 ans ? (Vincent, 36 ans)
La réponse de Catherine Marchi
En sexologie, un fantasme est une représentation imaginaire, un scénario, qui déclenche une émotion sexuelle et provoque le désir. Chacun a sa production personnelle de scènes X dans la tête. Rassurez-vous, vos propos ne choquent personne. Les fantasmes révèlent notre face cachée, ils sont, comme les rêves, l'expression de nos désirs inconscients les plus secrets. D'où leurs côtés parfois étranges, troublants ou inquiétants.
Ces images excitantes, ces scénari qui mettent en scène toutes les perversions possibles viennent de notre passé, de nos émotions et de nos peurs enfantines. Elles cristallisent nos besoins, nos souvenirs. Dans toutes vos mises en scène, vous avez le rôle du voyeur, vous voulez regarder votre femme en train de faire l'amour avec d'autres hommes. Pourquoi ? Quelles scènes troublantes avez-vous vu étant enfant ? Quels émois, quelles images du passé essayez-vous de re-mettre en scène ? Seul votre inconscient le sait car nos fantasmes sont l'amalgame d'une série d'émotions intimes et refoulées.
Tous les sexologues s'accordent à souligner l'importance des fantasmes dans notre sexualité. Ils nourrissent notre érotisme, stimulent notre libido et participent au maintien de notre équilibre psychique car ils permettent d'évacuer nos frustrations. En fantasme, tous nos désirs sont permis ! Comme le souligne le sexologue Jacques Waynberg, " Les fantasmes sont le garde-fou de nos désirs déraisonnables, le théâtre de nos folies. Elles s'y expriment et y épuisent leur violence. "
Faut-il réaliser ses fantasmes ? Difficile de répondre par oui ou par non... Ce qu'on peut dire, c'est que les sexologues mettent généralement en garde leurs patients contre les conséquences imprévisibles du passage à l'acte. Selon eux, il n'est pas rare que l'excitation fantasmée et recherchée ne soit pas au rendez-vous. Il y a une grande différence entre "imaginer" sa femme faisant une fellation à un autre homme et la voir le faire réellement à un homme en chair et en os... Vous avez réussi à convaincre votre femme de réaliser vos fantasmes voyeuristes. Mais êtes-vous certain qu'elle n'accepte pas uniquement pour vous faire plaisir ? Vos scénari imaginaires correspondent-ils à son univers fantasmatique ?
Si elle se sent des tendances exhibitionnistes et se prête au jeu parce qu'elle en a personnellement le désir, pourquoi pas. Mais sachez simplement que la mise en actes des fantasmes n'est pas nécessairement épanouissante pour une vie de couple.
Catherine Marchi, psychologue clinicienne, est diplômée de l'Université René Descartes Paris V.
Nous sommes libertins !
Nous sommes libertins !
Mon ami et moi-même sommes libertins. Autrement dit la sexualité est un aspect important et de nos vies respectives et de notre relation. Au fil du temps, notre complicité dans les jeux coquins s'est élargie au point d'en arriver à parler d'amour, de tendresse... de confiance. Discours à deux étages, car si moi je ne conçois pas le couple comme étant une appropriation de l'autre notamment sur le plan charnel, lui en revanche craint que ce libertinage me fasse rencontrer d'autres hommes.
Un peu complexe à expliquer que tout ceci, mais pour résumer, le fait qu'il rencontre d'autres femmes ne m'inquiète pas, me rassure en fait même quelque part... il me revient toujours, souriant, visiblement heureux, et c'est avec moi qu'il passe 80% de son temps libre. Lui en revanche a du mal à imaginer que je puisse m'amuser sexuellement avec d'autres partenaires à son insu, ce que (même si "intellectuellement" je m'en accorde le droit) physiquement, physiologiquement, et surtout sentimentalement, je n'en éprouve en fait nullement le besoin.
J'imagine bien que parler de "tromperie" quand on est libertin et que l'on aime les contacts pluriels puisse faire sourire le quidam conformiste. Pour ma part, il ne s'agit pas de cela et je comprends les appréhensions de mon ami. Moi en fait, je n'attends qu'une chose de lui et je lui en ai parlé sans détour : c'est qu'il reconnaisse qu'en effet, il rencontre sans moi et y prend du plaisir. Le "qui-où-quand-comment" ne m'intéresse par contre pas du tout. Je n'ai pas choisi de ne pas respecter ce qu'il est, dans toute son intégralité, je voudrais juste qu'il m'en donne les moyens, par le dialogue, et l'accès à la certitude que je ne le jugerai pas.
Chacun sur cette terre a droit à son jardin secret et, pour qu'il ne soit pas piétiné, il est plus sage d'en montrer la porte pour bien signifier qu'elle est interdite d'accès, plutôt que de tenter de contourner le lieu au risque qu'il soit découvert de façon fortuite. Car la dénégation ou le mensonge font plus de mal que les faits avérés... En tout cas en ce qui me concerne. Pourquoi poursuivre cette relation alors que je sais qu'il me fait des cachotteries et que cependant il le nie malgré qu'il connaisse ma position sur la question ? Tout simplement parce qu'en plus de lui, c'est aussi moi que j'aime dans ce que m'apporte notre histoire.
Le bonheur est simple, il suffit de ne pas tout en attendre, et de n'en prendre que ce qui nous est bon.

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