Et si la maladie n'était pas un hasard?
Introduction au livre: "Et si la maladie n'était pas un hasard?"
Pourquoi un pharmacien qui ne voit que des malades tout au long de sa journée, toute lasemaine et même toute l'année, ne tombe-t-il jamais malade ? Pourquoi, après avoir vu 20 personnes grippées en une seule journée, soit 100 en une semaine, un généraliste ne l'attrape-t-
Depuis mes premières années de médecine, je me suis intéressé aux causes de la maladie. Mais après avoir examiné et parlé avec plus de 20.000 patients au cours de ma vie professionnelle, j'en suis arrivé à la conclusion que la maladie n'est pas toujours l'effet d'une cause extérieure mais bien celui d'une cause intérieure. A en croire les médias, je n'ai pas tort. Dans le cas d'un attentat ou d'une catastrophe aérienne, les autorités mettent des psychologues à disposition des survivants et de ceux qui ont perdu un être cher, pour les aider à ne pas se rendre malades eux-mêmes... Quant à la littérature, elle nous conte depuis l'aube des temps des histoires d'amour dans lesquelles l'être délaissé meurt de chagrin. Si on peut empêcher une victime de « s'en rendre malade », on peut aussi empêcher un père de famille de 45 ans de se rendre malade après avoir reçu sa lettre de licenciement. Ça aussi c'est un trauma, même si cela semble banal. Lui aussi aurait besoin d'un psychologue pour digérer son drame.
Le dogme et le conditionnement nous empêchent de regarder la maladie autrement qu'une cause extérieure, un virus, une bactérie, etc. Les traitements de la médecine classique se résument à attaquer la maladie avec des molécules : la dépression se combat par un anti-dépresseur la douleur ou inflammation par une molécule ant-algique ou anti-inflammatoire anti-biotique traitements anti-mitotiques1; la faiblesse par un médicament tonique ( cardio-tonique, veino-tonique ), etc.
Ces batailles « molécule contre dérèglement moléculaire » donnent souvent de brillants succès. Mais elles ne nous expliquent pas pourquoi autant de femmes divorcées font un cancer du sein. S'il est possible d'étudier cent malades ayant tous une tension artérielle élevée à 17/10, une surcharge pondérale et un diabète, il est difficile d'étudier une cohorte de cent veuves, de cent orphelins, de cent chômeurs longue durée ou de cent femmes divorcées. Cela n'aurait pas de sens parce qu'on ne peut mesurer l'impact du deuil vécu sur chaque personne ainsi que son histoire émotionnelle.
En tant que médecin, j'ai pu vérifier de nombreuses fois l'efficacité des placebos (actuellement, il n'est d'ailleurs plus possible d'étudier « scientifiquement » un nouveau médicament sans comparer son efficacité à celle d'une pilule inoffensive)
Le lien éventuel entre psychisme et maladie n'est évidemment pas un scoop. On le retrouve dès l'Antiquité et dans des civilisations très anciennes, comme par exemple la médecine chinoise. Néanmoins, c'est dans le sillage du docteur Sigmund Freud, que le docteur Georg Walter Groddeck avait mis en évidence le traumatisme psychique pour expliquer la maladie. C'est lui qui a tenté de réintégrer toute pathologie acquise, sans exception, dans un cadre psychosomatique unique. Pour lui, c'était un déterminisme inconscient qui était à l'origine de toute maladie. Il était même allé jusqu'à mettre l'évolution de la maladie entre les mains du malade, y compris sa guérison : « Il ne faudrait pourtant pas oublier que ce n'est pas le médecin qui vient à bout de la maladie, mais le malade. Le malade se guérit lui-même, comme c'est par ses propres forces qu'il marche, pense, respire, dort2».
D'autres médecins depuis sont allés dans son sens. Le docteur Erich Stern par exemple a signalé des guérisons multiples obtenues par psychothérapie dans la tuberculose pulmonaire. Plus récemment, des médecins d'horizons divers comme Carl Simonton aux Etats-Unis, Michel Moirot3 ou Henri Laborit4 en France ont repris ces études sur le lien entre maladie et psychisme, le plus souvent au grand mépris du corps médical occidental, trop occupé à défendre la seule médecine classique5.
Le docteur Dragan Buljevac6 s'est hasardé sur ce chemin de traverse avec une étude sur les malades atteints de scléroses en plaques. Pour essayer de repérer un éventuel lien de cause à effet entre symptôme et psychisme, lui et ses collaborateurs se sont intéressés aux événements psychoaffectifs vécus par leurs patients dans les mois précédant les poussées de la maladie. Ils leur ont confié un carnet dans lequel les malades devaient noter chaque jour tous les événements psychoaffectifs ressentis comme importants. L'analyse des carnets a montré qu'un traumatisme psychique était retrouvé chez 75% des patients entre 7 et 12 mois précédant les signes d'une poussée de sclérose. Malheureusement, cette étude n'a pas été publiée de façon détaillée dans les journaux scientifiques. Elle a seulement fait l'objet d'un poster affiché lors d'un congrès de neurologie avant de tomber dans l'oubli. Dans cet exemple pourtant, la piste psychosomatique était très sérieuse !
Alors comment en suis-je arrivé à poser la question « Et si la maladie n'était pas un hasard ? ». Interne, puis chef de clinique assistant dans les Hôpitaux de Paris, je n'ai réellement commencé l'écoute systématique des patients qu'en devenant chef de service de neurologie dans l'hôpital d'une petite ville de province. Ensuite, je me suis installé comme neurologue libéral parce que je voulais avoir tout mon temps pour discuter avec mes patients. Une véritable carrière à l'envers ! C'était en 1985. Depuis, j'ai écouté plus de 20.000 patients. J'ai pu prendre mon temps avec eux, même si la médecine classique, alliée à une « médecine de l'oreille », est une procédure souvent lente, voire épuisante car les entretiens peuvent parfois durer deux heures, si cela est nécessaire.
Certes, pendant les dix premières années, je me suis senti bien seul dans mon cabinet en ville. Mais à partir de 1998, tout a changé. J'ai d'abord rencontré le psychanalyste Pierre Barbey qui m'a initié « à la lecture des scanners cérébraux ». Il m'a patiemment appris à reconnaître sur une simple photo les zones du cerveau qui portent les traces venant de la « rumination d'un conflit ». Pendant sept ans, pratiquement chaque semaine, j'ai passé une journée avec lui à confronter, en aveugle, les données de la lecture du scanner cérébral au tableau clinique du malade. Et pendant quatre ans, nous avons pu travailler ensemble à Paris, à la Salpétrière, grâce aux professeurs Hauw et Meininger qui nous ont accueillis dans leurs services respectifs. L'heure me semble donc venue de partager les découvertes de cette longue exploration de vingt années de travail.
Les données présentées ici ne font guère recette auprès des journaux scientifiques ou des réunions scientifiques car elles ne rapportent rien aux laboratoires pharmaceutiques. De plus, elles émanent d'un médecin libéral et non d'un professeur de faculté ou du chercheur d'un laboratoire reconnu. Et puis, elles vont souvent à l'encontre du « médicalement correct ». Pourtant, je pense qu'il est utile de livrer dès maintenant le trousseau de clefs que j'ai rassemblé auprès des malades et des soignants. Chaque clef fournie permet une autre vision du symptôme.
Ne pas la livrer, ce serait quelque part ne pas porter assistance à personnes en danger.
CONFLITS ÉMOTIONNELS PROFESSIONNELS
— Un hold-up aux longues conséquences
Monsieur E., directeur de banque, a vécu un hold-up sanglant avec ses collaboratrices prises en otage. Arrivé rapidement sur les lieux, le commissaire de police avait mis l'ensemble du personnel en garde : « après un hold-up, mon expérience de policier montre que ceux qui l'ont vécu développent des maladies graves, voire des cancers, à cause du stress intense ». Six mois plus tard, un virulent cancer des ganglions s'était développé chez monsieur E. et l'a emporté en quelques semaines.
— Une mutation forcée
Monsieur R., enseignant, vivait dans la crainte d'être muté. Il ne voulait pas quitter cette ville parce qu'il y vivait une histoire sentimentale. Mais quelques jours après avoir reçu la lettre l'informant de sa mutation, il a déclenché une hémorragie cérébrale.
— Un patron de presse qui se brise le coeur
Monsieur K. dirigeait un journal qui existait depuis une vingtaine d'années et qui faisait vivre 80 salariés. Au début des années 90, la baisse des ventes au numéro et celle des recettes publicitaires le contraignit, la « mort dans l'âme », à cesser soudain la parution de son journal qui était aussi sa raison de vivre. Dans la semaine précédant la mise en liquidation judiciaire, il a été victime d'une crise cardiaque dont il se remit avec beaucoup de difficultés. La mort de son journal lui avait véritablement brisé le cœur.
— Un blocage suivi d'un cancer de la gorge
Monsieur R. était devenu le directeur technique heureux de son entreprise. Tous les projets passaient par lui et son président lui faisait entièrement confiance. Il avait ainsi prévu de travailler tranquillement jusqu'à ses soixante ans, puis de prendre sa retraite. Mais lorsque son PDG lui dit : « Je vous laisse mon entreprise », pour monsieur R. ce fut la panique. C'est comme si le pilote s'était soudain éjecté pour le laisser seul dans l'avion lancé à grande vitesse. Cette proposition lui fut insupportable et « dure à avaler ». Quelques semaines plus tard, l'oto-rhino-
— Un conflit professionnel dégénère en phlébite
Monsieur B., enseignant, vivait un important conflit professionnel. Directeur d'école depuis de nombreuses années, il avait été échaudé par une première expérience de conflits avec les enseignants de son établissement. A cause de ces litiges, il avait même demandé et obtenu sa mutation dans une petite école de campagne où il n'avait plus qu'une seule enseignante sous ses ordres. Malheureusement, c'est cette jeune personne qui prétendait tout commander. Et là, il n'a plus supporté son travail. Aussitôt, monsieur B. a fait une phlébite profonde de la jambe gauche ( phlébite surale ) sans aucune cause apparente puisqu'il fait du sport régulièrement et n'a aucun antécédent médical personnel ou familial. Cette phlébite l'oblige à rester chez lui pour suivre un traitement de piqûres anticoagulantes. La phlébite surale gauche lui a permis de rester au foyer pendant quelque temps, sans avoir à affronter l'enseignante qui commande à sa place. Les psychologues appellent cela le bénéfice secondaire de la maladie.
— Un cancer après une mise à l'écart
Monsieur G. était un cadre apprécié de sa compagnie d'assurances. Il ne lui restait que quelques années avant sa retraite, lorsque la société embaucha pour son service un ancien militaire qui ne connaissait pratiquement rien au travail. Au bout de trois mois, cet ex-militaire, arrivé de nulle part, fut nommé contre toute attente, à la tête du nouveau service restructuré de monsieur G. qui eut l'impression que son adminsitration lui avait fait « un enfant dans le dos ».
Quelques mois plus tard, une prise de sang systématique7 pour un homme de son âge révéla qu'il développait un cancer de la prostate. Il se trouva ainsi embarqué dans un cycle d'examens et de traitements le condamnant à devenir impuissant.
— Des soucis d'argent qui déclenchent des maladies graves
Monsieur H., boulanger, a été soudain obligé de se séparer de sa fille après avoir découvert qu'elle se servait dans la caisse. Quelques mois après ce drame, les médecins lui ont découvert un cancer du colon. L'ablation chirurgicale de la tumeur ne fut pas suivie de récidive et il put reprendre sa boutique. Mais quelques années plus tard, sa boulangerie fut touchée de plein fouet par la grande grève de la SNCF. Sa boutique se trouvant à côté de la gare, le plus gros de sa clientèle était représenté par les voyageurs qui allaient travailler à Paris. Une semaine, puis deux semaines passent pratiquement sans aucun client. Et lorsque la grève fut reconduite pour la troisième semaine, monsieur H. fut hospitalisé en urgence pour une hémorragie cérébrale qui lui laissa d'importantes séquelles. Il n'a hélas jamais pu reprendre son activité professionnelle.
— Une série noire qui entraîne des paralysies
Monsieur M., retraité, avait accepté de devenir le président d'une association fondée par un prêtre venant en aide aux familles d'enfants handicapés. Un beau jour, il découvre les problèmes : le trésorier qui venait d'être condamné pour pédophilie avait fait d'énormes trous dans la caisse. Monsieur M. se démena pour réparer un double désastre financier : l'association avait programmé un voyage au Canada le 12 septembre 2001, lendemain des attentats suicides à New York. Le voyage fut annulé et il avait fallu trois ans pour récupérer l'argent versé à l'agence de voyages ( des centaines de milliers d'euros ) et le rendre aux familles. La secrétaire de l'association chargée fit une jaunisse et mourut brutalement d'une rupture d'anévrysme cérébral. Quant à monsieur M., s'il est encore en vie, il présente maintenant des troubles graves du langage, constituant une maladie proche d'Alzheimer, appelée « aphasie progressive ».
— Une concurrence qui coule sa boîte
Pendant vingt ans, monsieur J. s'est battu pour se faire une place au soleil dans une grande ville avec sa boutique de télévision-hifi-
— Une disqualification professionnelle entraîne un cancer
Monsieur R. avait notamment la responsabilité de former des jeunes dans son entreprise. Son travail lui plaisait et il pensait que sa façon de procéder était judicieuse. Mais quand il fut convoqué chez son supérieur hiérarchique, son monde s'écroula : son travail avait été jugé insuffisant et même dangereux. Son supérieur lui retira la formation des trois personnes dont il avait la charge. Peu après, son état de santé déclina. Sa fatigue, son amaigrissement, sa fièvre devinrent même inquiétants. Hospitalisé pour un bilan général, on lui découvrit un lymphome, c'est-à-dire un cancer des ganglions au niveau du thorax et de l'abdomen.
~ Perte de pouvoir + retraite = paralysie mortelle
Monsieur B, exploitant agricole prospère, était aussi le maire de son village. Épanoui par cette fonction qu'il trouvait passionnante, il avait pris la décision de continuer son mandat même après sa retraite et était persuadé d'obtenir l'aval de son conseil. Et ce fut une vraie douche froide lorsque son premier adjoint lui demanda fermement de lui laisser la place aux élections suivantes. Quelques semaines plus tard, il sentit une gêne progressive de son membre supérieur droit. En quelques mois, même le maniement du stylo lui devint difficile. Un véritable handicap pour un maire ! Le bilan médical révéla une sclérose latérale amyotrophique8. Très inquiet de la progression de sa paralysie, le maire décida de quitter le neurologue de la ville pour être suivi dans le service spécialisé d'un CHU. Alors qu'il était devenu presque totalement invalide, il déclencha peu après un cancer des ganglions ( un lymphome ) dont il mourut en quelques semaines.
